On lui donnait le sot conseil de s'en aller en Gascogne, ou bien, de solliciter un partage de la royauté avec le vieux cardinal, ou encore de se réfugier en Allemagne, d'attendre les événements.
Il attendit, mais à Arques, l'épée à la main, et, sans s'étonner de la grande meute que la Ligue lançait après lui, il justifia la devise qu'il prit enfant: «Vaincre ou mourir.»
Il semblait qu'il n'eût plus en France que les quelques toises du camp retranché qu'il se fit près de Dieppe, sous le château d'Arques. Roi sans terre, il n'avait plus qu'une armée, plutôt une bande.
L'inaction du Tiers parti, partout muselé, tremblant, l'extrême éloignement des provinces protestantes, le réduisaient à cette extrémité. Si pourtant on eût écarté cette terreur par laquelle la Ligue l'isolait, une grande partie de la France, et déjà la majorité, se serait ralliée à lui.
C'est ce qui fait ici la beauté, le sublime de la situation. Il n'avait rien, il avait tout. Dans sa faiblesse et son petit nombre, il avait, en réalité, la base immense d'un peuple, dont, seul, il défendait le droit.
La Ligue, dans sa fausse grandeur et dans sa force insolente, achetée par l'assassinat, elle n'arrivait à lui, pourtant, qu'avec le secours étranger. Ces drapeaux qui flottaient au vent, c'étaient ceux du roi d'Espagne. Auxiliaires? non, mais déjà les drapeaux de la conquête. Lorsque le légat du pape tâta les chances de Mayenne pour la royauté, Philippe II, très-franchement, dit qu'il réclamait la France comme héritage de l'infante, fille d'une fille d'Henri II, qu'il la croyait reine de droit et reine propriétaire.
De sorte qu'en combattant ces idiots de ligueurs et ce gros Mayenne, Henri IV les défendait eux-mêmes avec toute la France, les préservait de l'étranger et les sauvait malgré eux.
«Mais, dira-t-on, si la Ligue appela l'Espagnol, Henri IV appela l'Anglais.»
Oui, et notez la différence. La Ligue, maîtresse du royaume, en vint à le diviser ou à l'offrir à l'Espagne. Et Henri, maître de rien, n'ayant plus rien en ce monde que son camp entre Arques et la mer, poussé dans l'eau, près d'y tomber, refusa à Élisabeth, dont il attendait son salut, un simple petit papier, la promesse de rendre Calais[12]. Ce Calais qu'il n'avait pas, ce Calais aux mains des ligueurs, il le défendit contre celle qui semblait tenir dans les mains sa vie et sa mort.
Cependant le secours anglais ne venait pas. Le roi appelait à lui un détachement de la Champagne qui ne venait pas non plus. Il avait sept mille hommes en tout, et il allait avoir sur les bras trente mille hommes. Tout le monde le croyait perdu. On était sûr à Paris qu'il serait ramené par Mayenne pieds et poings liés, si bien qu'on louait des fenêtres dans la rue Saint-Antoine pour voir passer le Béarnais. Mais Mendoza assurait qu'on ne le verrait pas passer. Pourquoi? Parce qu'il était tué. Et il l'écrivit à Rome.