Dans l'ouvrage d'un savant jeune homme que j'aimais et estimais (Démocratie de la Ligue, par Labitte, 1841), je lis ces cruelles paroles: «On a maintenant le secret de la démocratie hypocrite du protestantisme, c'était tout simplement une arme contre la royauté, une cuirasse pour la noblesse,» etc.
Sauf Sismondi, tous nos historiens ont traité le protestantisme avec sévérité.
M. de Bonald, au contraire, très-bien éclairé par sa haine, a vu que, quelques formes qu'ait pu prendre le protestantisme dans les phases diverses que lui imposait la persécution, son essence est la liberté, la démocratie, le principe antimonarchique.
Faut-il répéter ce que nous avons dit: que, quarante ans durant, parmi les martyrs du protestantisme, on ne découvre que trois nobles?
Les nobles y entrèrent en foule, mais sous Henri II seulement. Et même encore en 1572, où tant de nobles périrent, les listes nominales des morts témoignent qu'il périt infiniment plus de marchands, de gens de robe, d'artisans et de bourgeois.
Le besoin que nous avons de rapprochements et de comparaisons, a conduit souvent à vouloir retrouver le fédéralisme de 93 dans les tentatives que firent en 1573 les malheureux échappés aux poignards des assassins.
Judicieuse assimilation. Les deux faits sont exactement contraires:
La résistance protestante, bien loin de couvrir le retour à la royauté, qui fut la pensée secrète d'une grande partie des Girondins, fut dirigée contre le Roi, en haine de la royauté, devenue le synonyme du massacre et du guet-apens.
La résistance protestante n'est pas, comme la girondine, exclusivement urbaine et la ligue des grandes villes. Elle réserve expressément les droits des électeurs du plat pays.
Pardonnons à ceux qui cherchèrent quelque moyen de résister. N'accablons pas des vieilles injures de la Ligue une minorité héroïque dont la lutte fut un miracle.