Plaisant juge, celui qui ôterait son chapeau à tous ceux qu'on amène à son tribunal! C'est à eux de se découvrir et de répondre quand l'histoire les interroge; et je dis, à eux tous; tous ils sont ses justiciables, les hommes et les idées, les rois, les lois, les peuples, les dogmes et les philosophes.

Donc ici nul ménagement, nul arrangement conciliatoire et nulle composition. Nulle complaisance pour plier le droit au fait, ou pour adoucir le fait et le raccorder au droit.

Que, dans l'ensemble des siècles et l'harmonie totale de la vie de l'humanité, le fait, le droit, coïncident à la longue, je n'y contredis pas. Mais mettre dans le détail, dans le combat du monde, ce fatal opium de la philosophie de l'histoire, ces ménagements d'une fausse paix, c'est mettre la mort dans la vie, tuer et l'histoire et la morale, faire dire à l'âme indifférente: «Qui est le mal? qui est le bien?»

J'ai dit la moralité de mon œuvre.

Mais qu'est-elle au point de vue de l'art historique? que veut-elle? que prétend l'auteur?

Une seule chose.

De nombreux matériaux avaient été mis en lumière, des travaux estimables existaient sur telle et telle partie du XVIe siècle. Plusieurs traits de ce siècle avaient été marqués, plusieurs côtés éclairés. Et la face du siècle restait cachée; elle n'avait été vue (dans l'ensemble) de nul œil encore.

Je crois l'avoir vu au visage, ce siècle, et j'ai tâché de le faire voir. J'ai donné tout au moins une impression vraie de sa physionomie.

Si cet effet était obtenu réellement, cela ne serait dû à aucune adresse d'artiste, à aucun savoir-faire, mais purement et simplement à ce principe d'indépendance morale dont je viens de parler.

L'historien, comme juge, a démenti les deux parties, et, au lieu de les écouter, il s'est chargé de leur dire qui elles étaient.