Les redoutables paroles de Louis de Nassau, d'un mourant à un mourant, qui lui furent portées à Paris par le martyr Chastelier, et qui lui furent certainement articulées mot pour mot par ce héros fanatique, durent lui traverser le cœur d'une lame fine et pénétrante, plus qu'aucun stylet d'Italie.
Il lui dénonçait la ruine de la royauté, du royaume: «La France est à qui veut la prendre.»
Seulement il était sensible que la vieille qui succédait (sous l'homme-femme Henri III) épuiserait tous les degrés de l'opprobre, que par eux la France boirait la honte comme l'eau.
Nous voyons dans ses lettres cette grande reine politique tout occupée d'acheter pour son fils un collier de femme, par accommodement toutefois, devant prendre les perles une à une à mesure qu'il viendra de l'argent.
Cet argent vient si peu, qu'en mai elle implore Rouen pour en tirer un petit don de quarante mille francs. En juin, elle implore Venise pour obtenir un emprunt des marchands; mais, comme ils ne veulent prêter, elle prie le duc de Ferrare de l'appuyer de son crédit, celui de la France ne suffisant pas.
À l'arrivée de Henri III, quand elle alla le recevoir, toute la cour était si pauvre, que les seigneurs, en plein hiver, mirent leurs manteaux en gage à Lyon, et, sans un prêt de cinq mille francs que lui fit un domestique, la reine mère et ses filles y auraient engagé leurs jupes.
CHAPITRE III
DES SCIENCES AVANT LA SAINT-BARTHÉLEMY
1573-1574
Que l'histoire est pesante! Et comment le grand souffle du XVIe siècle, qui naguère me donna mon élan de la Renaissance, m'a-t-il brusquement délaissé? Comment, chaque matin, en me rasseyant à ma table, me trouvé-je si peu d'haleine, si peu d'envie de poursuivre cette œuvre?
C'est justement parce que j'ai suivi fidèlement le grand courant de ce siècle terrible. J'ai déjà trop agi, trop combattu dans ces derniers volumes; la lutte atroce m'a fait tout oublier; je me suis enfoncé trop loin dans ce carnage. J'y étais établi et ne vivais plus que de sang.
Mais, une fois tombé dans la fosse de la Saint-Barthélemy, ce n'est plus l'horreur seulement qui envahit l'histoire. C'est la bassesse en toutes choses, la misère et la platitude. Tout pâlit, tout se rapetisse. Et il ne faut pas s'étonner si le cœur manque à l'historien.