«Les protestants se liguent bien. Nous pouvons nous liguer aussi,» c'était le grand argument. «Mesurons les huguenots à l'aulne où ils mesurent autruy. Suivons leurs conseils, conformons-nous au chemin qu'ils tiennent. Il les faut fouetter aux verges qu'ils ont cueillies.»
À ceux qui disaient que les Allemands n'étaient pas bien loin, pouvaient revenir, les ligueurs répliquaient: «Nous n'avons pas peur. Nous avons les Espagnols qui ont bien battu les Turcs. Don Juan d'Autriche va venir pour expédier les hérétiques.»
Du Nord, la Ligue passa d'abord au Midi, en Poitou, où l'accueillirent les La Trémouille. Et de là partout.
Le succès faisait le succès. Les ligueurs, mystérieusement, disaient partout à l'oreille qu'ils avaient, pour commencer, une armée de trente mille hommes.
Sous ce grand nom de catholiques, ils se donnaient hardiment pour la majorité du royaume, pour la presque totalité. Il s'en fallait terriblement. La France était fort politique. Si les choses eussent été libres, un vingtième des catholiques tout au plus eût été ligueur. Mais, par la peur et toute espèce d'influences de corruption, ils devenaient ce qu'ils disaient. Ils faisaient, de leur mensonge, une vérité à force d'audace.
Le président de Thou fut bien étonné quand on lui parla de la Ligue. Le roi, sa mère, quand ils l'apprirent, avec leur finasserie qui si souvent les rendait dupes, n'y virent qu'un très-utile épouvantail pour contenir les protestants et se dispenser de tenir la parole qu'on leur avait donnée.
Henri III était d'ailleurs préoccupé d'une nouveauté bien autrement importante. Il négociait en Italie pour faire venir les Gelosi, excellents bouffes italiens qui jouaient les pièces scabreuses de Machiavel et autres; enhardis par le masque, ils en improvisaient d'analogues et plus ordurières. La reine mère, malgré sa goutte, en était fort ragaillardie. C'est par eux que le roi ouvrit les États généraux de Blois. Ils jouèrent dans la salle même où s'agitait le destin de la France.
Mais un bien meilleur acteur, plus amusant, c'était le roi, qui, ce jour, fit le saut complet, et parut décidément femme, portant le collet renversé des dames d'alors. Un collier de perles, qu'on voyait par son pourpoint ouvert sur sa peau blanche et très-fine, s'harmonisait à ravir avec une gorge naissante que toute dame eût enviée.
CHAPITRE VII
LA LIGUE ÉCHOUE AUX ÉTATS DE BLOIS
1576-1577
Ce que Davila admire le plus dans son héros, Henri III, c'est son extraordinaire prudence. Chaque soir, il se faisait lire Machiavel et surtout le Prince. Il lisait et il profitait. Plus d'un écrivain remarque sa dextérité à escamoter aux ligueurs le succès des États de Blois.