Henri III, contre qui se faisait l'Union, était un très-bon catholique, pénitent des Jésuites. De cœur et de nature, il avait une vive antipathie contre les protestants. Il présentait aux catholiques un titre, certes, grave, ayant plus que personne décidé la Saint-Barthélemy.

Et le roi de Navarre, ce monstre d'hérésie, quel était-il au fond? Un homme d'esprit, infiniment glissant en toutes choses, dont on avait bien vu déjà les faciles revirements; il s'épuisait à dire qu'il ne demandait qu'à s'instruire, que d'avance il se soumettait à ce que déciderait un libre concile, qu'il ne recherchait que la vérité, etc., etc. Il en disait tant, que ses protestants en étaient fort pensifs.

Non, il faut dire la chose comme elle est, l'affaire est politique. Nous avons eu raison de terminer en 1572 les guerres de religion.

Mais, justement au point de vue politique, j'admire une chose, c'est que Philippe II, à cinquante-huit ans, n'ayant qu'un héritier de six, après sa banqueroute, maigre, épuisé, tari, étant depuis vingt ans en travail sans finir rien aux Pays-Bas, ayant mis jusqu'à trois années pour la petite affaire du Portugal, ayant besoin de tant de forces pour faire face à la guerre immense qui lui commençait sur toutes les mers, s'embarquât encore de surcroît dans cette ténébreuse affaire de la Ligue, dont il était bien sûr de ne voir jamais le bout!

Au reste, quand on le voit travailler en même temps tout le Nord, entretenir des pensionnaires pour les élections de Pologne, vouloir employer le Polonais à soumettre la Suède, vouloir s'établir en Danemark, afin de prendre l'Angleterre à revers (Ranke), on est tenté de le croire un peu fou.

Nous avons vu, du reste, la vieille Catherine entreprendre à son compte la conquête du Portugal et des Açores.

Pyrrhus et Picrochole en sont humiliés; Don Quichotte est un sage. Il faut aller aux faiseurs d'or, aux furieux souffleurs, pour trouver des comparaisons.

Ajoutez que Philippe II entrait dans cette folie de la Ligue d'une manière bien peu sensée encore, bien propre à la faire échouer. Il voulait employer les Guises, et il s'en défiait; il avait peur qu'ils ne réussissent trop. Il voulait et ne voulait pas, agissait et n'agissait pas. Un misérable subside qu'il leur donna de cinquante mille écus par mois, assuré pour six mois (en tout trois cent mille francs), n'était rien pour solder des armées, soutenir un grand parti; c'était assez pour compromettre les Guises, les rendre ridicules par l'hésitation, ou pour leur faire casser le cou.

Les Guises étaient fort riches, ayant entre eux un million de revenu. Affamés par le roi d'Espagne, ils allaient nécessairement être obligés de se ruiner pour le servir. Il y comptait probablement.

Les résultats se virent bientôt. Dès le surlendemain du traité (le 2 janvier 1585), le comité directeur de la Ligue est posé à Paris; il agit, pousse, précipite, crie, achète des armes; tout fermente, bouillonne, dans une agitation furieuse. Le trésorier de la Ligue est celui même de l'Évêché; l'évêque était toujours Gondi, le frère du conseiller de la Saint-Barthélemy. Quel emploi du trésor? L'achat des armes. Déjà on projetait les Barricades.