Tout fut très-lent sur la rive droite où était l'hôtel de Guise. Les barricades, terminées à neuf heures dans le pays latin, ne se firent qu'à midi de l'autre côté.

Dans le quartier de l'Université, Crucé et les meneurs du parti espagnol trouvèrent un vigoureux appui dans le jeune comte de Brissac, qui était au duc de Guise, mais qui ne tint compte de ses réserves. Brissac haïssait le roi, qui s'était moqué de lui, et voulait se venger.

La place Maubert, entre l'Université et la Cité, était un point fort important pour séparer les deux Paris, les deux émeutes. Crillon l'occupe; il y trouve Brissac. En vain il demande au Louvre la permission de charger; le roi persévère dans ses défenses. Ce brave reste là sans agir, et misérablement livré.

Brissac ne demanda pas permission à l'hôtel de Guise. Il fit ses barricades. Il s'empara de la Cité, du Petit-Châtelet et des entours du Marché-Neuf, où étaient des compagnies suisses. Là et partout commodément placé et maître des fenêtres, d'en haut, il fit tirer sur eux. Il en fut de même plus tard sur l'autre rive, au cimetière des Innocents. Ces Allemands qui étaient là sans vivres, tout exposés aux coups, et qui recevaient sans rendre, finirent par se mettre à genoux, leur rosaire à la main, criant en leur patois: «Bons catholiques! bons catholiques!»

Les Parisiens en tuèrent passablement. Ce qui les rendait furieux, c'était un mot qu'avaient répandu les ligueurs, en l'attribuant ici à Biron, là à Crillon, et ailleurs aux officiers suisses: «Messieurs les Parisiens, mettez des draps au lit; nous coucherons ce soir avec vos dames.»

Ainsi le sang coula et la guerre fut lancée. Dès lors l'Armada put sortir. Très-probablement, le jour même (12 mai), avant le soir, Mendoza dut écrire à Madrid; puis, de Madrid partit l'ordre d'embarquement. Opération immense qui pourtant fut faite le 28; le lendemain eut lieu le départ. Seize jours avaient suffi pour tout.

Guise aussi était embarqué sur l'inconnu, et plus qu'il ne voulait. Les États généraux qu'il allait assembler pour en tirer cette charge de haute confiance, comment jugeraient-ils un acte si sauvage de flagrante rébellion?

Les troupes se trouvaient prisonnières entre les barricades, et on ne pouvait les retirer. Le roi envoya prier Guise de sauver ces pauvres diables, d'épargner le sang catholique.

Chose odieuse, bien nouvelle alors, que le roi dût à son sujet la protection des siens et demandât grâce! Cela aurait pu faire un revirement, au moins de pitié, Le Louvre, désert le matin (De Thou), l'était moins vers le soir; cinq cents gentilhommes (Davila) s'y réunirent pour le défendre. Parmi eux, un Montmorency (l'Estoile).

Brissac, au nom de Guise, alla offrir une sauvegarde à l'ambassadeur d'Angleterre, qui le reçut fort mal. Et, comme le jeune homme hypocritement s'inquiétait pour lui, lui conseillait de fermer son hôtel, demandait s'il avait des armes, l'Anglais dit sèchement: «Mon arme, c'est la foi publique; mes portes resteront ouvertes. Je ne suis pas envoyé à Paris, mais bien en France. Je serai où sera le Roi.»