La reine mère, vers les six heures du soir, était chez lui, lorsque Menneville, le plus intime confident de Guise, lui dit tout bas: «Le roi est parti.» Guise fut étonné ou feignit l'étonnement. Mais il ne remua point, il ne se mit pas à sa poursuite. Toute la cavalerie dépendait de lui. Les Parisiens, moines et écoliers, ne se seraient pas risqués en plaine contre les Suisses et les gardes que Guise avait rendus et que le roi emmena avec lui.
Il s'était décidé vers cinq heures à partir, et encore parce qu'on lui dit que Guise pourrait bien aussi l'assaillir avec les autres. Du Louvre, à pied, la baguette à la main, il alla aux Tuileries où étaient les écuries et monta à cheval. Les princes, seigneurs et conseillers, Montpensier, Longueville, Saint-Paul, le grand prieur, un cardinal, Biron, Aumont, Cheverny, Villeroy, Bellièvre, y montèrent avec lui. Les hommes de robe longue, comme Cheverny, montèrent comme ils étaient, sans bottes, assez embarrassés de cette subite résolution. Il n'est pas vrai qu'on se soit enfui à toute bride, puisque devant marchaient les gardes et les Suisses à pied.
Le roi laissa le secrétaire Pinard pour expliquer poliment au duc de Guise pourquoi il se décidait à partir.
En s'en allant, dit-on, il jeta feu et flamme contre cette ville qu'il avait toujours habitée, et enrichie par son séjour, négligeant Blois et Fontainebleau que les autres rois préféraient, et qui traitait si mal son prince débonnaire, trop fidèle bourgeois de Paris.
CHAPITRE XIV
L'ARMADA[10]
Juin, Juillet, Août 1588
La France troublée, livrée, vendue, la Hollande en défiance très-grande de l'Angleterre, l'Allemagne paralysée par l'Empereur, la décomposition du monde protestant, tels furent les vents favorables qui, le 29 mai, enflèrent les voiles de l'Armada.
Elle surprit Élisabeth. Retardée par la tempête, elle rentra à la Corogne, n'en sortit que le 21 juillet, et ne fut que le 29 en vue de Plymouth. Deux mois s'étaient passés, et elle était encore à temps de tenter l'invasion, la flotte anglaise étant faible, et les milices, fort peu aguerries de l'Angleterre, se rassemblaient lentement.
L'Angleterre fut sauvée par trois choses: l'héroïsme de sa marine, le découragement du parti catholique après la mort de Marie Stuart, et spécialement la puissante assistance de la Hollande, qui bloqua le prince de Parme et le cloua au rivage de Flandre.
Si ces choses ne s'étaient pas rencontrées, les vaillants marins anglais, et leurs petits vaisseaux n'auraient pas été assez forts pour faire face aux deux dangers. Pendant qu'ils luttaient avec l'Armada, le prince de Parme aurait eu le temps de passer d'un autre côté, avec ses trente mille hommes, les premiers soldats du monde. Dès lors, tout était fini.
La Hollande ne le permit pas.