Le roi le pria fort d'y penser, et fit bonne mine; mais, rentrant dans sa chambre, il exhala son désespoir, sa fureur, jeta son petit chapeau. Guise le sut un quart d'heure après, et, le soir, un conseil se tint pour savoir ce qu'on devait faire. Guise leur dit les avis qu'il avait, qu'il était perdu s'il ne se sauvait.

Il y avait là son frère, le bouillant cardinal de Guise, l'archevêque de Lyon, le vieux président de Neuilly, Marteau, le prévôt des marchands, et la fine pensée de la Ligue, le froid et rusé Menneville.

M. de Lyon, qui allait être cardinal, mais qui eût manqué le chapeau si l'on eût lâché prise, se montra le plus brave. Il dit qu'il fallait passer outre. Qui quitte le jeu perd la partie. Comment revenir jamais à ce point si difficile qu'on avait gagné, d'avoir des États tout ligueurs? Le roi y songera plus d'une fois et sera sage; il ne voudra pas se perdre en faisant une folle tentative sur M. de Guise.

Le président Neuilly, qui larmoyait toujours, pleura et bavarda pour les deux avis à la fois: «Si vous vous perdez, monsieur, nous sommes perdus...—Oui, je suis bien d'avis de passer outre... Mais surtout prenez garde à vous.» C'était après souper, et le vieillard était plus tendre encore qu'à l'ordinaire.

Marteau dit rudement: «Nous sommes les plus forts, nous ne devons rien craindre. Néanmoins il ne faut pas se fier: il faut prévenir.» Comment? Il ne le disait pas.

Menneville, impatienté, sortit de son caractère; il jura, il dit: «M. de Lyon n'y entend rien. Il parle du roi comme d'un sage, d'un prince bien conseillé. Mais c'est un fou... Il n'aura pas de prévoyance et pas d'appréhension. Il exécutera son dessein. Il ne fait pas bon ici, point sûr. Il nous faut nous lever, et agir avant lui

Guise dit: «Menneville a raison, et plus que tous les autres... Néanmoins, au point où sont les affaires, quand je verrais entrer la mort par la fenêtre, je ne fuirais pas par la porte.»

Il répondait ainsi à ce qu'on ne disait pas. Marteau et Menneville ne proposaient pas de fuir, mais d'agir; apparemment de susciter un mouvement dans les États pour s'emparer du roi et le lier décidément.

Guise n'était pas en train d'agir. Il n'avait pas grand espoir. Il était fatigué de lui-même et de son rôle, et fatigué de ses amis.

Il était malin comme un singe, menteur comme un page, mais peu propre à l'hypocrisie. La pesante tartuferie espagnole, la cafarderie monastique, la dévotion de cabaret des bas ligueurs lui avaient donné la nausée. Il avait eu un grand malheur pour un chef de parti, c'était de voir son parti à plein, au grand jour et sans ombre.