«Ces dernières paroles furent entendues par son frère le cardinal, n'y ayant qu'une muraille de cloison entre deux: «Ah! on tue mon frère.» Et, se voulant lever, il est arrêté par M. le maréchal d'Aumont, qui, mettant la main sur son épée: «Ne bougez pas, dit-il, mordieu; monsieur, le roi a affaire de vous.» Alors l'archevêque de Lyon, fort effrayé et joignant les mains: «Nos vies, dit-il, sont entre les mains de Dieu et du roi.»

«Après que le roi eut su que c'en étoit fait, il va à la porte du cabinet, hausse la portière, et, ayant vu M. de Guise étendu sur la place, rentre et commande au sieur de Beaulieu de visiter ce qu'il avoit sur lui. Il trouve autour du bas une petite clef attachée à un chaînon d'or, et dedans la pochette des chausses il s'y trouva une petite bourse où il y avoit douze écus d'or et un billet de papier où étoient écrits, de la main du duc, ces mots: «Pour entretenir la guerre en France, il faut sept cent mille livres tous les mois.» Un cœur de diamant fut pris, dit-on, en son doigt par le sieur d'Antraguet.

«Pendant que le sieur de Beaulieu faisoit cette recherche, apercevant encore à ce corps quelque petit mouvement, lui dit: «Monsieur, pendant qu'il vous reste quelque peu de vie, demandez pardon à Dieu et au roi.» Alors, sans pouvoir parler, jetant un grand et profond soupir, comme d'une voix enrouée, il rendit l'âme, fut couvert d'un manteau gris, et au-dessus mis une croix de paille. Il demeura bien deux heures durant en cette façon; puis fut livré entre les mains du sieur de Richelieu, lequel, par le commandement du roi, fit brûler le corps par son exécuteur en cette première salle qui est en bas à la main droite en entrant dans le château, et, à la fin, jeter les cendres à la rivière.»

D'autres ajoutent que le roi, le voyant couché à terre, se mit à dire: «Ah! qu'il est grand! Encore plus grand mort que vivant!» Prophétie involontaire que la Ligue sut bien relever, ou que, peut-être, elle inventa.

D'autres prétendent que, dans la furieuse gaieté d'un lâche tout à coup rassuré, le roi ne se contint pas et lui lança un coup de pied au visage. Chose qui n'est pas invraisemblable. Ce personnage original avait tout à la fois du Borgia et du Scapin; avec beaucoup d'esprit, des mouvements très-bas, un violent farceur dans un capucin d'Italie.

Sa grande affaire était de s'assurer du pape, de savoir ce qu'en dirait son bon légat, le Vénitien Morosini. Il lui avait envoyé Révol. L'homme de Venise fut un peu étonné; il n'attendait pas tant du roi. Il vint, vers les onze heures, lui faire visite et causa amicalement, voulant seulement profiter de son émotion pour l'assurer au pape, l'empêcher de se rapprocher du roi de Navarre. Ils allèrent ensemble à la messe.

Sur le passage, le roi vit, entre autres gentilshommes, un ami de ce La Motte-Serrant qui trafiquait de chair humaine et que protégeait Guise; il dit à cet ami: «Monsieur, la loi revit, puisque le tyran est mort. Que votre homme s'y conforme et qu'il se présente en justice.»

Puis, voyant l'évêque de Langres, qui, par Guise, avait extorqué un arrêt du conseil contre sa ville: «Monsieur l'évêque, dit-il, vous avez fait condamner ceux de Langres sans qu'on les entendît; vous serez condamné vous-même.»

On avait arrêté plusieurs des principaux ligueurs et les princes de la maison de Guise. Le roi les relâcha fort imprudemment, sur les promesses qu'ils firent de calmer Paris.

Des hommes, comme Brissac, qui lui avaient fait des outrages personnels, n'en furent pas moins lâchés.