Rien au dedans, rien au dehors. À grand'peine Lesdiguières, alarmé dans son Dauphiné par l'Espagne, qui guerroie contre la Savoie, obtient de faire une légère démonstration en faveur du Savoyard. Au dedans, Luynes promit des réformes, n'en fit point, et, tout au contraire, créa pour argent nombre d'offices nouveaux (avec exemption d'impôts et droit de vexer le peuple). La langue ne suffit plus aux titres ridicules que le fisc inventa: auneurs de drap, vendeurs de poisson, élèves de l'écritoire, etc.
Le vrai changement au Louvre fut celui du Confesseur. Luynes osa prier le P. Cotton de se retirer. Mais ce fut pour demander aux Jésuites un autre confesseur du roi. Ils lui fournirent le P. Arnoux, bien plus propre que Cotton à les servir dans les circonstances nouvelles. Cotton avait été l'homme des temps d'Henri IV, ces temps de ruse et de transaction. Il avait connu saint Charles Borromée et il était aimé de saint François de Sales. Sa fortune fut singulière. La fille de Lesdiguières l'avait employé d'abord pour tourmenter doucement son père et l'amener à la conversion. Le vieux soldat, qui voulait se faire marchander plus longtemps, ajourna, mais il appuya le Jésuite auprès d'Henri IV: «Si vous voulez un bon Jésuite, dit-il, prenez le P. Cotton.»
On a vu comment Cotton se ligua avec la cour pour faire sauter Sully. Il échoua, et cependant se maintint par le parti espagnol, par la reine et par Concini. Mais il fallait un Jésuite plus hardi, plus violent, au moment où éclatait la grande guerre d'Allemagne, pour occuper le roi, la France, d'une petite guerre intérieure contre nos protestants. Ce guerrier fut le P. Arnoux.
La persécution protestante, c'est le point où s'accordaient tous les rivaux d'influence. Concini l'avait commencée, et Luynes la continua. Le clergé la demandait, le P. Arnoux l'imposait à son pénitent; le favori espérait y occuper son jeune roi à une petite guerre sans péril. Il n'était pas jusqu'aux exilés, aux gens de la reine mère, tels que Richelieu, qui ne poussassent en ce sens.
Il est fort intéressant de voir l'art persévérant, ingénieux et varié, dont ces Pères, depuis 1610, travaillaient les protestants. Ils n'y employaient plus la pointe, comme en l'autre siècle, mais plutôt le tranchant du fer, un tranchant mal affilé qu'ils promenèrent, douze ans durant, à la gorge des victimes, voulant préalablement terrifier, démoraliser, abêtir et désespérer, mais lentement égorgillés, saignés d'un petit coutelet. Et les excellents bouchers ne mirent le fer dans le cœur que quand le patient, déjà affaibli, défaillait et tournait les yeux.
Les protestants étaient l'objet d'une antipathie croissante. Ils faisaient tache en ce temps dans une France toute nouvelle. Ils avaient l'air d'une ombre arriérée du XVIe siècle. Ils étaient tristes et peu galants, faisant exception à la loi générale du XVIIe: l'universalité de l'adultère, aux mœurs loyales où chacun se pique de tromper son intime ami.
Autre défaut. Seuls, ils gardaient quelque esprit public, un reste d'attachement pour le gouvernement collectif, le gouvernement de soi par soi (self government). La France, qui avait abdiqué, s'ennuyait de les voir encore attachés à ces vieilleries. Elle ne voulait plus qu'un bon maître.
Troisième défaut. Les protestants avaient le tort de voir clair, de voir que l'Espagne gouvernait la France, que Marie, Concini, Luynes, n'étaient qu'une cérémonie. Ils distinguaient très-bien derrière ces ombres changeantes un petit nombre d'étrangers, de vieux ligueurs et de Jésuites; pour âme, le confesseur du roi.
Le jour de la mort d'Henri IV, chacun croyait qu'il y aurait massacre à Paris. Un Jésuite même, en chaire, le conseilla ou regretta qu'il n'eût pas eu lieu. Dès l'année suivante (1611), on commença à organiser dans les villes catholiques du Poitou et du Limousin, et aussi à Saintes, à Orléans, à Chartres, de vives paniques, en criant: «Voilà les huguenots qui arment et qui vont vous massacrer!» Furieux de peur, les catholiques armaient et voulaient tuer tout. Toujours le même moyen qui avait réussi dans toutes les Saint-Barthélemy du XVIe siècle.
En celui-ci, on n'allait pas si vite. Cependant les protestants auraient été fous s'ils n'avaient pris des précautions. Ils n'avaient nulle protection à attendre d'un gouvernement dominé par l'Espagnol qui eût voulu le massacre. Ils recoururent à eux-mêmes, rétablirent les institutions de défense qui seules les avaient sauvés autrefois. La principale, c'était que, dans l'intervalle entre leurs assemblées générales, dans ces entr'actes assez longs où on pouvait les surprendre, il restât quelqu'un pour faire sentinelle. Dans chaque province, un conseil permanent devait rester réuni pour recevoir les avis et faire convoquer, s'il le fallait, une assemblée de province, qui, au besoin s'adjoindrait plusieurs provinces voisines pour former une assemblée de cercle, ou qui même provoquerait une assemblée générale.