Le tout, petit et sans emphase. Mais, à droite, à gauche, des cours et des bâtiments secondaires donnaient l'ampleur et les aisances variées d'une villa de Lombardie, tandis que l'exquise coquetterie des appartements secrets rappelaient la recherche extrême des petits palais de Venise. Tout ce que la vieille Italie a su des arts de volupté y était, le solide aussi des jouissances du Nord. Aux sensualités des bains et des étuves parfumées, le maître ajoutait l'attrait d'une savante cuisine; il s'en occupait, il la surveillait, il servait lui-même. Sa gloire était de faire dire: «On ne sait manger que chez Zamet.»

Tel fut ce lieu de pénitence où Gabrielle fit sa retraite. On peut croire que l'hôte empressé n'oublia rien pour calmer, rassurer ce cœur ému. Une princesse était à Paris, une seule, mademoiselle de Guise, qui avait cru quelque temps épouser le roi. Elle n'aimait guère Gabrielle, et elle a plus tard écrit un petit roman (Alcandre) très-hostile à sa mémoire. Mais alors elle espérait que la toute-puissante maîtresse lui ferait trouver par le roi ce que sa conduite légère paraissait rendre introuvable: un mariage, un prince assez sot pour la couvrir de son nom. Donc elle flattait fort Gabrielle, jusqu'à porter des robes semblables aux siennes, comme si elle eût été sa sœur. Elle l'amusait de médisances. Elle vint vite à l'hôtel Zamet, s'empara d'elle pour la conduire partout et se faire surintendante de ses dévotions. Elle voulait être la première auprès de la future reine, ou peut-être surprendre contre elle quelque chose qui pût lui nuire de ses anciennes galanteries.

Gabrielle, faible, triste, enceinte, se laissa faire, trouvant doux d'être entourée par une femme. Si flottante de croyance, elle allait faire encore une profession solennelle de cette religion à laquelle elle était attachée bien peu. Et d'autant plus faible était-elle, plus charmée de cette compagnie galante et mondaine qui ne lui permettait pas un seul moment sérieux.

Elle se confessa le mercredi, très-probablement, et dut communier le jeudi, avec son édifiante compagne. Elle dîna à merveille, dans sa satisfaction d'être quitte de ce devoir. Zamet empressé lui servit toutes les friandises qu'il savait lui plaire. De là, on la prit en litière, de peur qu'étant en carrosse elle ne sentit trop les secousses du pavé. Deux dames suivaient, mais en voiture. À côté de la litière marchait le capitaine des gardes qui répondait de sa sûreté.

Elle n'alla qu'à deux pas, dans la rue voisine, à une chapelle de chanoines réguliers de Saint-Augustin, qu'on appelait le Petit-Saint-Antoine. Petite église, en effet, mais qui attirait la foule par une excellente musique. On lui avait arrangé une tribune réservée, pour qu'elle ne fût pas pressée. Elle y entendit ténèbres, et, sans doute pour que ce chant sombre ne lui fît pas d'impression, mademoiselle de Guise lui montra des lettres de Rome où l'on disait que le divorce allait être prononcé. Elle avait même eu l'adresse, pour mieux faire sa cour, de prendre au passage deux billets fort tendres que le roi avait écrits à Gabrielle coup sur coup, dans un même jour. Et ce fut dans cette tribune qu'elle lui en donna l'aimable surprise.

Cependant Gabrielle se sentait un peu éblouie. Elle sortit, revint chez Zamet et fit quelques pas au jardin. Mais là, elle tomba frappée, perdit connaissance.

Au bout d'une heure où rien n'indique qu'on ait essayé de la secourir, ni d'appeler les médecins, elle ouvrit les yeux, et dit violemment: «Tirez-moi de cette maison.»

Elle voulait se faire porter chez madame de Sourdis, et de là au Louvre même, se réfugier chez le roi,—apparemment pour y mourir, puisqu'elle n'avait pas pu y vivre.

Zamet ne la suivit pas. Mademoiselle de Guise ne la suivit pas. Nulle femme. La tante était absente, et tout s'éloignait de terreur. Le seul qui resta, ayant promis au roi de ne pas la quitter, ce fut La Varenne. Il se trouva constitué, dans cette maison déserte, seule dame et seule garde-malade, femme de chambre et sage-femme. À chaque convulsion violente, il la tenait dans ses bras.

Les crises furent fréquentes, terribles. Il fit appeler La Rivière, premier médecin du roi, astrologue, homme d'esprit, qui aimait la duchesse, ni protestant ni catholique. Il avait étudié chez les Maures, vécu beaucoup en Espagne. On le tenait pour fort suspect. Il venait de faire une chose hardie en déclarant, comme médecin, que Marthe n'était pas possédée. On aurait été charmé de le perdre. Il le sentit, et n'osa rien ordonner à la malade. On eût tout rejeté sur lui et dit qu'il l'avait tuée. Il s'excusa sur la grossesse, ne pouvant rien faire, disait-il, à une femme enceinte, sans blesser ou elle ou son fruit. Il laissa agir la nature et la regarda mourir.