La procès n'était que trop clair. De Thou nous a conservé en substance, mais avec détail, les quatre feuilles écrites de sa main qui furent la pièce principale. Elles témoignent que, faible et crédule pour les prédictions politiques dont les charlatans le leurraient, il n'en est pas moins fort net, lucide, exact et clairvoyant pour les affaires militaires. Les directions qu'il donna au duc de Savoie ne sont pas de ces choses qu'on imaginerait d'avance pour des cas hypothétiques (comme il prétendit le faire croire), mais des indications précises pour telle situation, tel cas. Il renseigne très bien l'ennemi sur les forces actuelles du roi, spécifiant les chiffres avec soin, et d'un jour à l'autre. Il donne des conseils positifs sur un poste qu'il faut occuper, une attaque qu'il faut essayer. De tels avis, qui purent être à l'instant traduits en boulets, ce ne sont pas, comme il le dit, des paroles et des pensées, ce sont des actes meurtriers, des massacres de Français et l'assassinat de la France.

On assura, sans le prouver, qu'il avait averti tel fort savoyard pour que, le roi venant sous les murs, on tirât sur lui. Ce qui est sûr et avoué de lui, c'est qu'il le tuait d'intention, par ces opérations magiques où l'on croyait faire périr l'homme en détruisant son effigie. Il convient qu'avec La Fère il faisait des poupées de cire, auxquelles on disait la formule: «Roi impie, tu périras. Et la cire fondant, tu fondras.»

Il n'y avait qu'une circonstance atténuante, c'est qu'il avait écrit, huit mois avant son arrestation, lorsque le Dauphin naquit, en septembre 1601: «Dieu a donné un fils au roi; oublions nos visions.»—Ce mot était-il sérieux, on avait sujet d'en douter, parce qu'il l'écrivait à La Fin, qu'il suspectait, et sans doute voulait tromper, tandis qu'il continuait de traiter avec l'ennemi par son nouveau confident, le baron de Luz, et par deux autres encore.

Les juges firent une chose agréable aux hautes puissances étrangères qui étaient aussi en cause. Ils la firent, il est vrai, par la volonté expresse du roi. Ce fut de ne rappeler que des faits anciens, et d'ignorer parfaitement les choses récentes. Le roi ne voulait pas trop approfondir contre l'Espagne et la Savoie.

Biron fut saisi d'un grand trouble quand on lui présenta les pièces qu'il croyait brûlées, quand il vit devant ses yeux son messager Renazé, qu'il croyait enfoui dans un château de Savoie. Il pâlit, dit les pièces fausses, controuvées, puis les avoua, mais soutint que c'étaient de simples pensées, qu'il écrivait pour La Fin. Du reste, s'il y avait du mal, le roi lui avait pardonné à Lyon.

Nombre de parlementaires (de la Ligue) auraient accepté cela. Mais ils étaient sous les yeux du vrai Parlement français, qui avait siégé à Tours.

Le Parlement avait à faire ce que hasarda Richelieu, ce que fit la Convention, se compromettre sans retour et braver les futures vengeances des rois étrangers, et des grands, et des parents de Biron, de ses cent cousins de Gascogne, d'un monde de gens d'épée brutal et féroce. Tellement que, peu de temps après, le révélateur La Fin marchant dans Paris, en plein midi, au milieu des gardes qui le protégeaient, vingt sacripants tombèrent sur lui, et s'en allèrent au galop, sans qu'on les ait arrêtés.

Ces vengeances, faciles à prévoir, faisaient songer les robes longues. Le chancelier saignait du nez et feignait d'être embarrassé de l'absence des pairs. Cela le 21 juillet, au dernier moment. Le roi se montra immuable, soit que Sully le soutînt, soit que sa grande amie Élisabeth (une lettre de notre ambassadeur le prouve) l'exhortât à ne pas lâcher. La vieille reine était une haute autorité, un docteur en conspirations, en ayant eu tant contre elle et tant suscité ailleurs, récemment encore ayant frappé d'Essex, c'est-à-dire son propre cœur.

Donc le roi fut fort aussi. Il écrivit à son blême chancelier que l'on pouvait passer outre. (2 juillet 1602.)

Le chancelier, ainsi mis en demeure de ne pas s'égarer, empêcha aussi les autres de chercher quelque échappatoire. Il les tint dans la voie étroite de justice et de vérité. Il demanda si à Lyon l'accusé avait confié au roi tous ses arrangements avec la Savoie.—Non.—Alors le roi n'a pu pardonner ce qu'il ignorait. (Mém. de La Force.)