Venise, dit un contemporain, adorait ce soleil levant; quand on voyait un Français, tous les Vénitiens couraient après lui, criant comme les Papimanes de Rabelais: «L'avez-vous vu?»
À la cour de l'Empereur, on disait: «Qu'il ait l'Empire, qu'il soit vrai roi des Romains, et réduise le pape à son évêché!»
L'électeur de Saxe faisait prêcher devant lui sur l'évidente analogie entre Henri IV et David.
La Suisse avait imprimé un livre, intitulé: Résurrection de Charlemagne.
L'affaissement de l'Espagne et de l'Angleterre elle-même, depuis la mort d'Élisabeth, avait mis le roi si haut, que, si on le voyait agir, on l'eût salué de toutes parts pour chef de la chrétienté.
Plus que de la chrétienté même. Les mahométans d'Espagne voulaient être ses sujets.
Position unique, qu'il devait moins à sa puissance qu'à sa renommée de bonté, de modération et de tolérance.
CHAPITRE XI
PROGRÈS DE LA CONSPIRATION.—FUITE DE CONDÉ
1609
On avait vendu, en 1607, à la grande foire de Francfort, plusieurs livres d'astrologie où l'on disait que le roi de France périrait dans la cinquante-neuvième année de son âge, c'est-à-dire en 1610, qu'il ne serait pas heureux dans son second mariage, qu'il mourrait de la main des siens, ne laisserait pas d'enfants légitimes, mais seulement des bâtards. Ces livres vinrent à Paris, et chacun les lut. Le Parlement les fit saisir.
Lestoile, qui les vit, raconte que, la même année 1607, un prieur de Montargis trouva plusieurs fois sur l'autel des avis anonymes de la prochaine mort du roi. Il fit passer ces avis au chancelier, qui n'en tint compte. Le même prieur le contait plus tard à Lestoile en pleurant.