Sismondi croit que le Parlement procéda avec acharnement. Singulier anachronisme. Le Parlement d'alors était mêlé de celui de la Ligue et des royalistes. Mais les ligueurs dominaient encore, et si bien, qu'ils modérèrent la question, de peur que ces accusés ne parlassent trop pour l'honneur de Rome.

La chose n'était que trop claire. Elle fit voir à Henri IV qu'il ne gagnait rien à tous ses ménagements. Jointe à l'affaire d'Allemagne, elle le réveilla fortement. Il semble qu'elle l'ait guéri; il fut tout à coup un autre homme. La verte vigueur béarnaise parut revenue. Il fit opérer l'excroissance, comme pour monter à cheval. Il se moqua des médecins, et Gabrielle redevint enceinte en décembre.

Tout ce qui traînait au conseil et traînait au Parlement se trouva facile. Le roi simplifia tout, supprima les impossibilités.

Il était impossible de marier Catherine, sa sœur, protestante, avec un catholique, le duc de Bar. Les évêques refusaient. Le roi fit venir son frère bâtard, archevêque de Rouen, et les maria d'autorité dans son cabinet.

Il était impossible de décider Marguerite à consentir au divorce. On la menaça d'un procès d'adultère, et elle devint docile.

Il était impossible de faire enregistrer l'édit de Nantes. Le roi fit venir le Parlement et lui lava la tête. Ce fut un discours très-vif, pour la France et pour l'Europe:

«Avant que de vous parler de ce pour quoy je vous ai mandés, je vous conterai une histoire.—Après la Saint-Barthélemy, nous étions quatre à jouer aux dés sur une table. Nous y vîmes des gouttes de sang. Nous les essuyâmes deux fois, et elles revenaient pour la troisième. Je dis que je ne jouais plus, que c'était un mauvais augure contre ceux qui l'avaient répandu. M. de Guise était de la troupe....

«Vous me voyez en mon cabinet, et non avec la cappe et l'épée, mais en pourpoint, comme un père pour parler à ses enfants.... Je sais qu'on fait des brigues au Parlement, que l'on a suscité des prédicateurs factieux; je donnerai ordre à ceux-là, et ne m'en attendrai à vous ... Ne m'alléguez pas la religion catholique, je l'aime plus que vous; vous croyez être bien avec le pape, et moi j'y suis mieux, et je vous ferai déclarer hérétiques ... Est-ce que je ne suis pas le fils aîné de l'Église? Pas un de vous ne peut l'être.»

À cette bouffonnerie, il ajoutait des choses fort graves «sur les criards catholiques, ecclésiastiques,» qui, disait-il, étaient à vendre; sur les parlementaires eux-mêmes et leur avidité d'argent. Il les pinça sensiblement, en disant qu'il multiplierait leurs charges (et par là les ruinait). Enfin des menaces de mort, de combat, qui étonnèrent: «C'est le chemin qu'on prit pour en venir aux Barricades, à l'assassinat du feu roi; mais j'y donnerai bon ordre. Je couperai la racine aux factions et prédications, en faisant raccourcir ceux qui les suscitent ... Ah! vous me voulez la guerre, et que je fasse la guerre à ceux de la Religion! Mais je ne la leur ferai pas ... Vous irez tous avec vos robes, comme les capucins de la Ligue, quand ils portaient le mousquet. Il vous fera beau voir ... J'ai sauté sur des murs de ville; je sauterai bien sur des barricades.»

Le Parlement enregistra.