Mais Luynes ménageait trop la reine; il craignait son retour. Il lui accorda en 1619 une faveur signalée. C'était que la sentence de 1613, qui arrêtait tout, «vu la qualité des accusés!» fût réformée, au profit de la reine, l'accusation déclarée calomnieuse, la reine et d'Épernon innocentés, et la d'Escoman condamnée.

Le Parlement se prêta à cette volonté de la cour, se payant de l'idée de repos public, voulant relever l'autorité, réhabiliter la reine exilée, qu'on chansonnait par tout Paris.

La d'Escoman fut condamnée à finir ses jours entre quatre murs, au pain et à l'eau.

Il y avait un égout dans Paris, les Filles repenties, où l'on entassait les coquines ramassées dans les mauvais lieux, lesquelles y continuaient leur métier avec des prêtres. (Lestoile, 1610, édit. Michaud, p. 561.) C'est là qu'on mit la pauvre d'Escoman. On lui bâtit dans la cour du couvent une loge murée, sauf un petit trou grillé. Elle gisait là par terre et dans l'ordure, grelottante, affamée, pleurant pour le rebut des chiens.

Ce fut la récompense de la personne humaine et intrépide qui s'était dévouée pour sauver Henri IV, et qui seule en France demanda justice de sa mort.

CHAPITRE XVI
DES MŒURS—STÉRILITÉ PHYSIQUE, MORALE ET LITTÉRAIRE
1615-1617

Je ne pouvais interrompre le fil de l'histoire politique tant qu'Henri IV n'était pas vraiment fini et clos dans le tombeau. Maintenant qu'il a sur la tête la pesante pierre des mariages espagnols, il ne bougera plus. La France est liée à la politique catholique. Elle fera la guerre à l'Espagne, mais pour lui succéder en marchant dans le même esprit.

C'est le moment de regarder les grands faits moraux de l'époque, plus importants qu'aucun fait politique.

Ils sont tous en trois mots: sorcellerie, couvents, casuistique[3]. Et ses trois n'en font qu'un; ils signifient: stérilité...

On a surfait énormément ce temps. Cette vaine agitation de cour, d'intrigues, de duels, ces raffinés du point d'honneur, ces fondations de couvents, tout cela, regardé à la loupe, a paru important. Des esprits fins, ingénieux et d'agréable érudition, des Ranke, des Cousin, des Sainte-Beuve, ont mis en relief les moindres curiosités de la vie religieuse d'alors, les disputes d'ordres et de cloîtres, les conversions célèbres, et il n'est pas une ligne, une parole des belles pénitentes d'alors qui n'ait été notée et célébrée.