Les pêcheurs, quoi qu'ils fissent, expiaient par un fanatisme cruel, horriblement sincère, par le dévouement à l'inquisition.
Madame de Villars vit, aux auto-da-fé, des seigneurs sauter des gradins, tirer l'épée, piquer, larder les victimes hurlantes, qu'on précipitait au bûcher.
Le roi, s'il n'agissait, du moins assistait, présidait, avec sa gracieuse reine. Un tel jour expiait des nuits. S'ils avaient des scrupules pour les péchés d'hier ou ceux qui se feraient demain, ils les compensaient par leur zèle, mettaient aux pieds de Dieu et les douleurs des autres et le petit supplice de voir tant de choses effroyables.
Ils comptaient que le ciel, touché de ces offrandes, bénirait leur expédition.
Certes, si les sacrifices humains, la chair brûlée, pouvaient lui plaire, jamais il n'eût dû être plus favorable.
Cette flotte d'Espagne allait rendre la Sicile aux moines qu'avait chassés le duc de Savoie, et y raviver les bûchers. Tout lui réussissait. Elle avait pris Palerme et elle allait prendre Messine, quand elle se vit suivre de près par Byng, par sa flotte, plus forte en canons. Byng avait demandé un armistice de deux mois et ne l'avait pas obtenu.
Le 11 août, l'amiral d'Espagne, incertain de ses intentions, avait quitté Messine, se trouvait devant Syracuse. Il voit Byng aller droit à lui, couper sa flotte, et, sans tirer encore, pousser ses vaisseaux au rivage. Un d'eux fit feu, et donna à l'Anglais le prétexte qu'il désirait.
Coïncidence singulière.
Le même jour, 11 août, le comte de Stanhope, premier ministre d'Angleterre, arrivait à Madrid voulant sauver Alberoni. Les vives plaintes du commerce anglais l'avaient changé, lui faisaient craindre une rupture avec l'Espagne. Il venait traiter, mais trop tard.
L'immense désastre avait eu lieu. Surpris et séparés, ne pouvant même combattre, les Espagnols, avec toute leur vaillance, furent irrésistiblement poussés à la côte, ou coulés. Un de leurs capitaines irlandais s'enfuit le premier. Plusieurs vaisseaux furent mis en feu. Vingt-trois périrent ou furent pris, avec 700 canons et 5,000 hommes. Byng renvoya les officiers, s'excusant froidement «de ce malentendu, pur accident, survenu par la faute de ceux qui tirèrent les premiers.»