Notre Dauphine, une Allemande grasse, féconde, vraie femme de la maison de Saxe, toute en chair, en nature, en sensibilité, eut un débordement effroyable de larmes, quand elle sut l'aventure de sa mère, assise sur ce coffre, le défendant en vain, touchée de l'ennemi. Outrage incroyable, inouï, aux Majestés royales! Tous les rois de l'Europe devaient prendre parti, combien plus la maison de France, insultée en l'aïeule de ce gros nourrisson (qui régnera, c'est Louis XVI). Le Roi y fut sensible et se sentit blessé. Après le succès de Minorque, en plein triomphe, recevoir un tel coup! Notre guerre avec l'Angleterre fut en quelque sorte oubliée. On ne songea plus qu'à la Prusse. Ce n'est plus 24,000 hommes qu'on donnera contre elle, mais 45,000, cent mille! On décida deux choses dans cette ivresse de colère, la guerre continentale, et le renversement de l'obstacle intérieur qui l'entravait, le Parlement.
Victoire définitive et de l'Autriche et du clergé! L'intrigue que l'Autriche pousse depuis 1748 aboutit et triomphe, elle entraîne la France et s'en sert. La trame par laquelle le clergé a sauvé ses biens, par un succès plus grand, le rend indépendant de la censure laïque, de la justice de l'État.
Girard ne sera plus devant un Parlement interrogé pour la Cadière.
Le 13 décembre 1757, par un temps beau et froid, tendu, un grand appareil militaire occupe Paris silencieux. Pour la première fois, le Parlement lui-même ne dresse pas le Lit de justice. Il refuse de coopérer au meurtre de la Loi. Ce sont les ouvriers du tyran qui ont envahi le palais et tout préparé.
Le tyran, c'est le mot nouveau qu'on échange à voix basse.
Depuis six mois et plus, on avait suspendu sur les Parlementaires l'épée de Damoclès, l'annonce d'une grande suppression de charges, qui remboursées presque pour rien mettraient la plupart à l'aumône. Terrorisme très-lâche qui spéculait sur les douleurs de la famille, la faiblesse du père, la mère désespérée en voyant ruiner ses enfants.
Deux chambres des enquêtes sont effectivement supprimées et plus de soixante conseillers. Le Parlement est mutilé en la partie active, ardente aux remontrances politiques, aux accusations du clergé. Celui-ci, n'ayant plus d'enquête à craindre, peut se tranquilliser.
Maintenant, au Parlement eunuque et énervé que va-t-on ordonner?
1o Soumission au Pape.—Un bref conciliant est arrivé de Rome qui limite les refus de sacrements, mais en maintient le droit. Toute affaire de ce genre ira aux seuls juges d'Église. Le Roi, quoiqu'il désire le silence, déclare que les évêques peuvent dire ce qu'ils veulent, «s'ils le disent avec charité.» (Is. Lois, XXII, 269.)
2o Soumission au Roi.—Le Parlement, désormais simple scribe, enregistre aussitôt que le Roi a écouté ses remontrances. Remontrances illusoires. Le faux Parlement de Versailles, le Grand Conseil, a sa part de ce droit, joue aussi cette comédie.