Mirabeau, en 85, n'a pas baissé encore. On le paye, mais pour faire une guerre honorable à la Bourse, aux agioteurs. Entre ses amis génevois, les uns, comme Clavières, furent purement et vaillamment Français. Tels, du Roverray, Dumont, furent peu à peu anglais. Tel enfin, un habile, peu scrupuleux banquier, Panchaud, travaillait pour Calonne. Panchaud qui était son meneur, l'auteur de ses premiers succès, de plus en plus, dans ses emprunts, avait la concurrence des Compagnies, des grands boursiers, les Cabarrus, les Beaumarchais. Qui oserait contre ce Figaro tirer l'épée? On ne trouva qu'un homme, le désespéré Mirabeau.
Surprise singulière qui fit une ère nouvelle. Figaro voudrait rire, ne peut. Le diapason change. Sa voix ne s'entend plus. Contre la gravité de la basse profonde, il n'émet qu'un son faible, aigu, la voix des ombres, ce son grêle et sans souffle auquel on reconnaît les morts.[Retour à la Table des Matières]
CHAPITRE XX.
CALONNE. — COMÉDIE DES NOTABLES.
1787.
«Calonne fut un danseur qu'on chargea, pour un temps, du rôle de roi de théâtre; quand il fut à bout d'haleine, quelqu'un lui suggéra le bon système (d'assembler les Notables), qu'il saisit avec la sagesse que nature a placée dans son occiput. Le tout n'est pas d'imprimer, enregistrer, etc.; il faut faire danser ces assemblées. En niais, il leur jette au nez un déficit, qu'il ne sait pas lui-même, comme s'il avait besoin d'amasser des pierres pour le lapider. Il n'a pas imaginé qu'on pût demander: «À qui la faute?» (Mirabeau père, Mém., IV, I, 95.)
Ce parleur, ce bavard, à qui on croyait tant d'esprit, il l'appelle de son nom: un niais. Très-bien jugé. Exécution définitive.
Sur les Notables, il dit: «Vu de près, oh! que c'est bête!...» Ce danseur, se trouvant à bout assemble une troupe de guillots (c'est-à-dire les premiers venus), qu'il appelle la nation, dit: «Nous avons mangé les pauvres, et nous en venons aux riches. Et, ces riches, c'est vous, sachez-le. Dites-nous donc amiablement comment devons-nous vous manger?»
Il est plaisant de faire, comme quelqu'un l'essaye aujourd'hui, de faire de ce Calonne un profond révolutionnaire, qui ne jeta l'argent, qui ne gorgea la cour, ne ruina la France «que pour les mener au bord d'un abîme si profond, si effrayant, que roi, clergé, noblesse, appelleraient de leurs cris les nouveautés libératrices.» Roman bizarre qu'on n'appuie de nulle preuve. Rien, absolument rien, dans les documents de l'époque.
Calonne fut créé, on l'a vu, par la coalition qui se fit un moment entre Trianon et les princes, entre les Polignacs, Monsieur, d'Artois, Condé.