Que fait-il, l'imprudent? Il va fournir des pièces pour instruire son procès, pour préparer de loin le procès qui finit au 21 janvier.
Qu'est-ce donc que la France va voir au fond du sac?
Disons-le franchement. Des chiffres? Non, des crimes.
Crimes de Calonne, crimes du roi; j'entends les fautes déplorables de la faiblesse étrange qui, dans ces trois années, donna, gaspilla, lâcha tout.
1º Mainte opération de Calonne était de telle nature que tout pays gouverné par les lois lui aurait décerné le bagne. Sur des emprunts déjà remplis, furtivement il négocia des rentes pour cent vingt-trois millions. Sans autorisation du roi, il lança dans l'agiotage, gaspilla et perdit pour douze millions de domaines, etc.
Mais ses opérations légales ne sont guère moins coupables. Cinq cent millions d'emprunt en trois années de paix!
Quoiqu'en dix ans le revenu public ait augmenté de cent quarante millions, ce furieux prodigue accroît le déficit annuel de trente-cinq millions.
Sous le plus mauvais roi, le plus mauvais ministre, Louis XV et Terray, l'impôt fut de trois cent millions.—Il est de cinq cent sous Calonne.
Où passait cet argent? En partie à la rente, mais aussi aux splendeurs de la bureaucratie, aux folies administratives. Sous Terray, un bureau coûtait trois cent mille francs; il coûte trois millions sous Calonne. On dédouble la Poste pour en donner moitié à madame de Polignac, petit cadeau de deux millions.
Pour pourvoir aux dépenses de cette immense monarchie, que reste-t-il? Bien peu: