1º Les États généraux, qu'on le veuille ou non, vont venir. Fait certain et fatal: ils arrivent pour 89.
2º Voter cinq cents millions sur un mot captieux qui remet à cinq ans les États, c'est d'un malhonnête homme. C'est chose périlleuse pour la magistrature. On jugera fort mal ce pacte de la cour avec le Parlement; on dira qu'ils s'entendent pour gouverner ensemble et pour se passer de la France.
3º Le projet n'aura pour lui qu'une minorité honteuse. On ne peut expliquer l'audace de Brienne qu'en supposant qu'il veut un prétexte pour la banqueroute.
4º Mais que pourra-t-il? Rien. Il ne peut même la banqueroute. Proscrira-t-il? Moyens d'un autre temps! Richelieu y serait, que le siècle n'est plus à cela. Va-t-il entrer en guerre contre la nation? un tel procès serait bientôt jugé.
Il ne peut rien, ne fera rien, que reculer, tomber, périr (Mir., Mém., IV, 459-465).
Dans de pareils moments, prophétiser, c'est faire, déterminer l'événement. Le Parlement dut y bien regarder.
On soulevait son masque populaire, qui tenait mal à son visage. Il avait laissé voir déjà à ses adorateurs qu'il était fort peu digne de leur idolâtrie, contraire à leurs pensées d'égalité d'impôt, et défenseur du privilége. Qu'il votât pour Brienne, il se précipitait, il roulait du ciel au ruisseau.
D'autre part, Mirabeau avait percé les murs. Il avait très-bien vu, comme s'il eût été au fond de Trianon, que derrière lui Brienne avait un parti violent, la petite cour militaire d'Artois et de la Reine, qui méprisait ces ruses, vantait la banqueroute, se croyait assez fort pour payer en coups de bâton.
La surprise attendue fut tentée le 19. Le roi tient brusquement une séance royale. Ce n'est pas un Lit de justice. Nul appareil n'indique que rien soit imposé, forcé. Le débat est ouvert. Il semble que l'on veuille écouter, s'éclairer. Seulement, pour marquer le cercle où il faut se tenir, le roi et Lamoignon prêchent d'en haut le dogme monarchique: «Le Roi est seul législateur, juge des États généraux. La France libérée, seul il avisera à ce qui reste à faire.» Préface altière pour étourdir sans doute. On crut que d'autant moins on attendait l'œuvre de ruse. Jupin tonne d'abord pour finir en Scapin.
La séance ne fut ni violente, ni inconvenante (dit M. Droz d'après des témoins oculaires). Un janséniste seul, Robert de Saint-Vincent, s'exprima avec véhémence. Il dit que l'acte proposé était tel que, si un fils de famille en faisait un pareil, tout tribunal l'annulerait.