Là était la difficulté, plus qu'en aucune intrigue. Le réel adversaire du progrès, de l'idée nouvelle, c'était le bon cœur de cet homme qui, tout en admettant certaines nouveautés, n'en couvait pas moins le passé d'une tendresse religieuse, respectait tous les droits acquis, et n'y portait atteinte qu'avec regret, remords. L'ennemi véritable, c'était surtout le roi. Il était l'antiquité même.[Retour à la Table des Matières]

CHAPITRE XIV.

TRANSFORMATION DES ESPRITS. — L'ÉLAN POUR L'AMÉRIQUE. — LA GUERRE.

1760-1783.

Deux mois après la chute de Turgot, l'Amérique en péril vient ici demander secours (17 juillet 1776). Que répondra la France?

Qu'elle-même succombe, qu'elle est obérée, ruinée? Non, la France emprunte un milliard, se perd et sauve l'Amérique.

Cela est grand et singulier.

Quelle est donc cette France qui ressemble si peu à ce que nous voyons?

Qui dit France, ne dit pas le roi. Et c'est là même la merveille que la France ait tellement dominé, entraîné le roi, qu'il se soit, contre ses idées, ses goûts et ses désirs, trouvé fatalement dans l'affaire.

La France de 1750 n'eût ni voulu, ni pu cela. Mais, en vingt-cinq années, une nation toute autre s'était faite. Ainsi que l'enfant retardé, qui grandit tout à coup de six pouces ou d'un pied,—ce peuple eut brusquement deux ou trois accès de croissance.