[444]: On sait l'énorme grosseur de Guillaume le Conquérant (Voy. plus haut). «Quand donc accouchera ce gros homme?» disait le roi de France. Lorsqu'il fallut l'enterrer, la fosse se trouva trop étroite et le corps creva. Il dépensait pour sa table des sommes énormes (Gazas ecclesiasticas conviviis profusioribus insumebat, Guill. Malmsb. l. III, ap. Scr. fr. XI, 188). Les auteurs de l'Art de vérifier les Dates (XIII, 15) rapportent de lui, d'après une chronique manuscrite, un trait de violence singulière. Lorsque Baudouin de Flandre lui refusa sa fille Mathilde, «il passa jusques en la chambre de la comtesse; il trouva la fille au comte, si la prist par les trèces, si la traisna parmi la chambre et défoula à ses piés.»—Son fils aîné Robert était surnommé Courte-Heuse, ou Bas-Court (Order. Vit., ap. Scr. fr. XII, 596..... facie obesa, corpore pingui brevique statura Gambaon cognominatus est, et Brevis-ocrea); il se laissait ruiner par les histrions et les prostituées (ibid., p. 602: Histrionibus et parasitis ac meretricibus; item, p. 681.).—Le second fils du Conquérant, Guillaume le Roux, était de petite taille et fort replet; il avait les cheveux blonds et plats, et le visage couperosé. (Lingard, t. II de la trad., p. 167.) «Quand il mourut, dit Orderic Vital, ce fut la ruine des routiers, des débauchés et des filles publiques, et bien des cloches ne sonnèrent pas pour lui, qui avaient retenti longtemps pour des indigents ou de pauvres femmes» (Scr. rer. fr. XII, 679).—Ibid. «Legitimam conjugem nunquam habuit; sed obscœnis fornicationibus et frequentibus mœchiis inexplebiliter inhæsit.» p. 635: «Protervus et lascivus.» p. 624: «Erga Deum et ecclesiæ frequentationem cultumque frigidus extitit.»—Suger, ibid., p. 12: Lasciviæ et animi desideriis deditus..... Ecclesiarum crudelis exactor, etc.»—Huntingd., p. 216: «Luxuriæ scelus tacendum exercebat, non occulte, sed ex impudentia coram sole, etc.»—Henri Beauclerc, son jeune frère, eut de ses nombreuses maîtresses plus de quinze bâtards. Suivant plusieurs écrivains, sa mort fut causée par sa voracité en mangeant un plat de lamproies (Lingard, II, 241). Ses fils, Guillaume et Richard, se souillaient des plus infâmes débauches. (Huntingd., p. 218: «Sodomitica labe dicebantur, et erant irretiti.» Gervas., p. 1339: «Luxuriæ et libidinis omni tabe maculati.)» Glaber (ap. Scr. fr. X, 51) remarque que dès leur arrivée dans les Gaules, les Normands eurent presque toujours pour princes des bâtards.—Les Plantagenets semblèrent continuer cette race souillée. Henri II était roux, défiguré par la grosseur énorme de son ventre, mais toujours à cheval et à la chasse. (Petr. Bles., p. 98.) Il était, dit son secrétaire, plus violent qu'un lion (Leo et leono truculentior, dum vehementius excandescit, p. 75); ses yeux bleus se remplissaient alors de sang, son teint s'animait, sa voix tremblait d'émotion (Girald. Cambr., ap. Camden, p. 783.). Dans un accès de rage, il mordit un page à l'épaule. Humet, son favori, l'ayant un jour contredit, il le poursuivit jusque sur l'escalier, et ne pouvant l'atteindre, il rongeait de colère la paille qui couvrait le plancher. «Jamais, disait un cardinal, après une longue conversation avec Henri, je n'ai vu d'homme mentir si hardiment.» (Ép. S. Thom... p. 566.) Sur ses successeurs, Richard et Jean, voyez plus bas.—L'idéal, c'est Richard III, de Shakespeare, comme celui de l'histoire.
[445]: «The rusty curb of old father antic the law.» Shakespeare.
[446]: «De Diabolo venientes, et ad Diabolum transeuntes.»
[447]: Il enleva à Louis VII sa femme Éléonore, le Poitou, la Guienne, etc.
[448]: Encore Louis VII est-il saint lui-même, suivant quelques auteurs. On lit dans une chronique française, insérée au douzième volume du Recueil des Historiens de France, p. 226: «Il fu mors....; sains est, bien le savons;» et dans une chronique latine (ibid.): «..... Et sanctus reputatur, prout alias in libro vitæ suæ legimus.»
[449]: Voy. une charte de Louis VII, ap. Scr. fr. XII, 90..... «Ecclesiam parisiensem, in cujus claustro, quasi in quodam maternali gremio, incipientis vitæ et pueritiæ nostræ exegimus tempora.»
[450]: Suger était né probablement aux environs de Saint-Omer, en 1081, d'un homme du peuple nommé Hélinand.—Lorsque Philippe Ier confia aux moines de Saint-Denis l'éducation de son fils Louis le Gros, ce fut Suger que l'abbé en chargea.—Sa conduite, comme celle de ses moines, excita d'abord les plaintes de saint Bernard (Ép. 78); mais plus tard il mena, de l'aveu de saint Bernard lui-même (Ép. 309), une vie exemplaire.—Il écrivit lui-même un livre sur les constructions qu'il fit faire à Saint-Denis, etc. «L'abbé de Cluny ayant admiré pendant quelque temps les ouvrages et les bâtiments que Suger avait fait construire, et s'étant retourné vers la très-petite cellule que cet homme, éminemment ami de la sagesse, avait arrangée pour sa demeure, il gémit profondément, dit-on, et s'écria: «Cet homme nous condamne tous, il bâtit, non comme nous, pour lui-même, mais uniquement pour Dieu.» Tout le temps, en effet, que dura son administration, il ne fit pour son propre usage que cette simple cellule, d'à peine dix pieds en largeur et quinze en longueur, et la fit dix ans avant sa mort, afin d'y recueillir sa vie, qu'il avouait avoir dissipée trop longtemps dans les affaires du monde. C'était là que, dans les heures qu'il avait de libres, il s'adonnait à la lecture, aux larmes et à la contemplation; là, il évitait le tumulte et fuyait la compagnie des hommes du siècle; là, comme le dit un sage, il n'était jamais moins seul que quand il était seul; là, en effet, il appliquait son esprit à la lecture des plus grands écrivains, à quelque siècle qu'ils appartinssent, s'entretenait avec eux, étudiait avec eux; là, il n'avait pour se coucher, au lieu de plume, que la paille sur laquelle était étendue, non pas une fine toile, mais une couverture assez grossière de simple laine, que recouvraient, pendant le jour, des tapis décents.» Vie de Suger, par Guillaume, moine de Saint-Denis.
[451]: En 1128, il détourne un abbé du pèlerinage de Jérusalem. (Operum t. I, p. 85; voy. aussi p. 323.)—En 1129, il écrit à l'évêque de Lincoln, au sujet d'un Anglais nommé Philippe, qui, parti pour la terre sainte, s'était arrêté à Clairvaux et y avait pris l'habit: «Philippus vester volens proficisci Jerosolymam, compendium viæ invenit, et cito pervenit quo volebat... Stantes sunt jam pedes ejus in atriis Jerusalem; et quem audierat in Euphrata, inventum in campis silvæ libenter adorat in loco ubi steterunt pedes ejus. Ingressus est sanctam civitatem... Factus est ergo non curiosus tantum spectator, sed et devotus habitator, et civis conscriptus Jerusalem, non autem terrenæ hujus, cui Arabiæ mons Sina conjunctus est, quæ servit cum filiis suis, sed liberæ illius, quæ est sursum mater nostra. Et si vultis scire, Claræ-Vallis est (p. 64).—Voici un passage d'un auteur arabe, qui offre, avec les idées exprimées par saint Bernard, une remarquable analogie: «Ceux qui volent à la recherche de la Caaba, quand ils ont enfin atteint le but de leurs fatigues, voient une maison de pierre, haute, révérée, au milieu d'une vallée sans culture; ils y entrent, afin d'y voir Dieu; ils le cherchent longtemps et ne le voient point. Quand avec tristesse ils ont parcouru la maison, ils entendent une voix au-dessus de leurs têtes: Ô adorateurs d'une maison! pourquoi adorer de la pierre et de la boue? Adorez l'autre maison, celle que cherchent les élus!» (Ce beau fragment, dû à un jeune orientaliste, M. Ernest Fouinet, a été inséré par M. Victor Hugo dans les notes de ses Orientales, p. 416 de la première édition.)
[452]: Ποὐτξγ, Αλαμὰνε.
[453]: Odon de Deuil: «... Et à son retour, il demandait toujours vêpres et complies, faisant toujours de Dieu l'Alpha et l'Oméga de toutes ses œuvres.»