Côte méridionale de la Gaule: Illiberis Bebryciorum, Vasio Vocontiorum (Vaison) en Narbonnaise. Bebryces rappelle briges, et peut-être Allo-Broges (Étienne de Byzance écrit Allobryges; selon lui, on trouve le plus souvent, chez les Grecs, Allobryges). Cependant le scholiaste de Juvénal dit ce mot celtique (Sat. VIII, v. 234), et signifiant terre, contrée.
Dans le reste de la Gaule, on rencontre peu de noms analogues au basque, excepté Bituriges[393]. Cependant Gelduba, comme Corduba, Salduba, Arverni, Arvii, Gadurci, Caracates, Carasa, Carcaso (et Ardyes dans le Valais), Carnutes, Carocotinum (Crotoy), Carpentoracte (Carpentras), Corsisi, Carsis ou Cassis, Corbilo (Coiron-sur-Loire), (Turones?) Ces analogies avec le basque sont probablement fortuites. Le mot même de Britannia ne dériverait-il pas de cette racine féconde? prydain, brigantes?
Brigantium en Espagne chez les Gallaïci, Brigœtium en Asturie. De même en Gaule Brigantium et le port Brivates.—En Bretagne, les Brigantes, et leur ville Isubrigantum; le même nom de peuple se trouve en Irlande.—Brigantium, sur le lac de Constance, Bregetium, en Hongrie, sur le Danube. En Gaule, sur la côte sud, les Segobriges; dans l'Aquitaine propre, les Nitiobriges (Agen); Samarobriva (Amiens); Eburobriva entre Auxerre et Troyes; Baudobrica, au-dessus de Coblentz, Bontobrice et ad Magetobria, entre Rhin et Moselle; en Suisse, les Latobrigi et Latobrogi; en Bretagne, Durobrivæ et Ourobrivæ; Artobriga (Ratisbonne) dans l'Allemagne celtique.
Recherches de noms celtiques dans des noms de lieux ibériens (p. 100): Ebura ou Ebora, en Bétique et chez les Turduli, Edetani, Carpetani, Lusitani, et Ripepora en Bétique, Eburobritium chez les Lusitani; en Gaule, Eburobrica, Eburodunum; sur la côte méridionale, les Eburones, sur la rive gauche du Rhin, Aulerci Eburovices en Normandie; en Bretagne, Eboracum, Eburacum; en Autriche, Eburodunum; en Hongrie, Eburum; en Lucanie, les Eburini? le gaulois Eporedorix, dans César?
Noms celtiques en Espagne.
Ebora, Ebura, Segobrigii (?), p. 102. Les Segobriges sur la côte sud de la Gaule. Segobriga, villes espagnoles des Celtibériens; Segontia. Segedunum, en Bretagne. Segodunum, en Gaule. Segestica, en Pannonie.—En Espagne, Nemetobriga, Nemetates.—Augustonemetum, en Auvergne, Nemetacum, Nemetocenna, et les Nemètes dans la Germanie supérieure, Nemausus, Nîmes; de l'irlandais Naomhtha (V. Lluyd), sacré, saint?
Page [106].—Recherches de noms basques dans les noms de lieux celtiques. En Bretagne: Le fleuve Ilas. Isca. Isurum. Verurium. Le promontoire Ocelum ou Ocellum. Sur le Danube, entre le Norique et la Pannonie, Astura et le fleuve Carpis. Urbate et le fleuve Urpanus.—En Espagne: Ula. Osca. Esurir. Le mont Solorius. Ocelum chez les Gallaïci...
Noms basques en Italie: Iria apud Taurinos, comme Iria Flavia Gallaïcorum (iria, ville).—Ilienses, en Sardaigne, Troyens? Cependant d'habit et de mœurs libyens selon Pausanias.—Uria, en Apulie, comme Urium Turdulorum.—D'ra, eau: Urba Salovia Picenorum, Urbinum, Urcinium de Corse, comme Urce Bastetanorum.—Urgo, île entre Corse et Étrurie, comme Urgao en Bétique.—Usentini en Lucanie, comme Urso, Ursao, en Bétique.—Agurium, en Sicile; Argiria, en Espagne.—Astura, fleuve et île près d'Antium.—D'asta, roche: Asta, en Ligurie, et Asta Turdelanorum, etc., etc., en Espagne.—Osci ne se rapporte pas à osca, il est contracté d'opici, opci (mais pourquoi opici ne serait-il pas une extension de osci?)—Ausones, analogue à l'espagnol Ausa et Ausetani. Cependant il se lie avec Aurunci.—Arsia, en Istrie; Arsa, en Bœturie.—Basta, en Calabre; Basti apud Bastetanos.—Basterbini Salentinorum, de basoa, montagne, et de erbestatu, émigrer, changer de pays (erria).—Biturgia, en Étrurie; Bituris, chez les Basques.—Hispellum, en Ombrie.—Le Lambrus, qui se jette dans le Pô, Lambriaca et Flavia lambris Gallaïcorum.—Murgantia, ville barbare en Sicile; Murgis, en Espagne; Suessa et Suessula, comme les Suessetani des Ilergètes.—Curenses Sabinorum, Gurulis, en Sardaigne, comme le littus Corense, en Bétique, et le prom. Curianum en Aquitaine.—Curia, même racine que urbs; urvus, curvus, urvare, urvum aratri; ὄρος, ἀρόω, χυρτός; en allemand, aëren, labourer; en basque, ara-tu, labourer (ἄρω, labourer); gur, courbe; uria, iria, ville.—L'allemand ort est encore de cette famille.—Les Basques et les Romains seraient rattachés l'un à l'autre par l'intermédiaire des Étrusques. «Je ne dis pas pour cela que les Étrusques soient pères des Ibères ni leurs fils[394].»
Page [122].—C'est à tort que les Français et Espagnols confondent les Cantabres et les Basques (Oihenart les distingue); les Cantabres en étaient séparés par les Autrigons, et les tribus peu guerrières des Caristii et Varduli. Chez les Cantabres, commence ce mélange de noms de lieux que je ne trouve point chez les Basques. Les Cantabres sont essentiellement guerriers, les Basques aussi, et même ils se vantaient de ne pas porter de casques (Sil. It, III, 358. V. 197, IX, 232). Ceci prouve cependant qu'ils avaient plus rarement la guerre. Enfermés dans leurs montagnes, ils n'eurent point de guerres contre les Romains, sauf la guerre désespérée de Calagurris (Juven., XV, 93-110).
Page [127].—Les noms basques se représentent surtout chez les Turduli et Turdetani de la Bétique. Ainsi, il n'y avait aucune contrée de la Péninsule où les noms de lieux n'indiquassent un peuple parlant et prononçant comme les Basques d'aujourd'hui. Les formes infiniment variées de la langue basque seraient inexplicables, si ce peuple n'avait été formé de tribus très nombreuses, et dispersées autrefois sur un vaste territoire.—Atzean signifie derrière, en arrière, et Atzea l'étranger; ainsi ce peuple pensait primitivement que l'étranger n'était que derrière lui: ceci fait croire que, depuis un temps immémorial, ils sont établis au bout de l'Europe.