Ecdicius, ne voyant plus d'espoir, s'était retiré auprès de l'empereur avec le titre de Patrice. (Sidon., l. V, Ep. XVI; l. VIII, ep. VII; Jornandès, c. XLV.)—Euric relégua Sidoine dans le château de Livia, à douze milles de Carcassonne, mais il recouvra la liberté en 478, à la prière d'un Romain, secrétaire du roi des Goths, et fut rétabli dans le siège de Clermont (Sidon., l. VIII, Ep. VIII). Lorsqu'il mourut (484), ce fut un deuil public: «Factum est post hæc, ut accedente febre ægrotare cœpisset; qui rogat suos ut eum in ecclesiam ferrent. Cùmque illuc inlatus fuisset, conveniebat ad eum multitudo virorum ac mulierum, simulque etiam et infantium plangentium atque dicentium: «Cur nos deseris, pastor bone, vel cui nos quasi orphanos derelinquis? Numquid erit nobis post transitum tuum vita?... Hæc et his similia populis cum magno fletu dicentibus...» Greg. Tur., l. II, c. XXIII.
Malgré la conquête d'Euric, les Arvernes durent jouir d'une certaine indépendance.—Alaric, il est vrai, les enrôle dans sa milice pour combattre à Vouglé (507); mais on les voit pourtant élire successivement pour évêques deux amis des Francs, deux victimes des soupçons des Ariens, Burgundes et Goths: en 484, Apruncule, dont Sidoine mourant avait prédit la venue (Greg. Tur., l. II, c. XXIII), et saint Quintien en 507, l'année même de la bataille de Vouglé.
Les grandes familles de Clermont conservèrent aussi sans doute une partie de leur influence. On trouve parmi les évêques de Clermont un Avitus «non infimis nobilium natalibus ortus» (Scr. Fr. II, 220, note), qui fut élu par «l'assemblée de tous les Arvernes». (Greg. Tur., l. IV, c. XXXV), et fut très populaire (Fortunat, l. III, Carm. 26). Un autre Avitus est évêque de Vienne.—Un Apollinaire fut évêque de Reims. Le fils de Sidonius fut évêque de Clermont après saint Quintien; c'était lui qui avait commandé les Arvernes à Vouglé: «Ibi tunc Arvernorum populus, qui cum Apollinare venerat, et primi qui erant ex senatoribus, conruerunt.» Greg. Tur., l. II, c. XXXVII.
De ce passage et de quelques autres encore, on pourrait induire que cette famille avait été originairement à la tête des clans arvernes.
Greg. Tur., l. III, c. II: «Cùm populus (Arvernorum) sanctum Quintianum, qui de Rutheno ejectus fuerat, elegisset, Alchima et Placidina, uxor sororque Apollinaris, ad sanctum Quintianum venientes, dicunt: «Sufficiat, domine, senectuti tuæ quod es episcopus ordinatus. Permittat, inquiunt, pietas tua servo tuo Apollinari locum hujus honoris adipisci...» Quibus ille: «Quid ego, inquit, præstabo, cujus potestati nihil est subditum? sufficit enim ut orationi vacans, quotidianum mihi victum præstet ecclesia.»—Les Avitus semblent n'avoir été pas moins puissants. Leur terre portait leur nom (Avitacum. Sidonius en donne une longue et pompeuse description (carmen XVIII). Ecdicius, le fils d'Avitus, semble entouré de dévoués. Sidonius lui écrit (l. III, Ep. III): «... Vix duodeviginti equitum sodalitate comitatus, aliquot millia Gothorum... transisti... Cùm tibi non daret tot pugna socios, quot solet mensa convivas.»—Le nom même d'Apollinaire indique peut-être une famille originairement sacerdotale. Le petit-fils de Sidonius, le sénateur Arcadius, appela en Auvergne Childebert au préjudice de Theuderic (530), préférant sans doute sa domination à celle de l'ami de saint Quintien, du barbare roi de Metz (Greg. Tur., l. III, c. IX, sqq.).
Un Ferréol était évêque de Limoges en 585 (Scr. Fr. II, 296.) Un Ferréol occupa le siège d'Autun avant saint Léger. On sait que la généalogie des Carlovingiens les rattache aux Ferréols. Un capitulaire de Charlemagne (ap. Scr. F. V, 744) contient des dispositions favorables à un Apollinaire, évêque de Riez (Riez même s'appelait Reii Apollinares).—Peut-être les Arvernes eurent-ils grande part à l'influence que les Aquitains exercèrent sur les Carlovingiens. Raoul Glaber attribue aux Aquitains et aux Arvernes le même costume, les mêmes mœurs et les mêmes idées (l. III, ap. Scr. Fr. X, 42).
SUR LA CAPTIVITÉ DE LOUIS II (Voy. page [314]).
Audite omnes fines terre orrore cum tristitia,
Quale scelus fuit factum Benevento civitas.
Lhuduicum comprenderunt, sancto pio Augusto.
Beneventani se adunârunt ad unum consilium,
Adalferio loquebatur et dicebant principi:
Si nos eum vivum dimittemus, certe nos peribimus.
Celus magnum preparavit in istam provinciam,
Regnum nostrum nobis tollit, nos habet pro nihilum,
Plures mala nobis fecit, rectum est moriar.
Deposuerunt sancto pio de suo palatio;
Adalferio illum ducebat usque ad pretorium,
Ille vero gaude visum tanquam ad martyrium.
Exierunt Sado et Saducto, invocabant imperio;
Et ipse sancte pius incipiebat dicere:
Tanquam ad latronem venistis cum gladiis et fustibus,
Fuit jam namque tempus vos allevavit in omnibus,
Modo vero surrexistis adversus me consilium,
Nescio pro quid causam vultis me occidere.
Generatio crudelis veni interficere,
Eclesieque sanctis Dei venio diligere,
Sanguine veni vindicare quod super terram fusus est.
Kalidus ille temtador, ratum atque nomine
Cororum imperii sibi in caput pronet et dicebat populo:
Ecce sumus imperator, possum vobis regero.
Leto animo habebat de illo quo fecerat;
A demonio vexatur, ad terram ceciderat,
Exierunt multæ turmæ videre mirabilia.
Magnus Dominus Jesus Christus judicavit judicium:
Multa gens paganorum exit in Calabria,
Super Salerno pervenerunt, possidere civitas.
Juratum est ad Surete Dei reliquie
Ipse regnum defendendum, et alium requirere.
«Écoutez, limites de la terre, écoutez avec horreur, avec tristesse, quel crime a été commis dans la ville de Bénévent. Ils ont arrêté Louis, le saint, le pieux Auguste. Les Bénéventins se sont assemblés en conseil; Adalfieri parlait, et ils ont dit au prince: Si nous le renvoyons en vie, sans doute nous périrons tous. Il a préparé de cruelles vengeances contre cette province: il nous enlève notre royaume, il nous estime comme rien; il nous a accablés de maux: il est bien juste qu'il périsse. Et ce saint, ce pieux monarque, ils l'ont fait sortir de son palais; Adalfieri l'a conduit au prétoire, et lui, il paraissait se réjouir de sa persécution comme un saint dans le martyre. Sado et Saducto sont sortis en invoquant les droits de l'empire; lui-même il disait au peuple: Vous venez à moi comme au-devant d'un voleur avec des épées et des bâtons; un temps était où je vous ai soulagés, mais à présent vous avez comploté contre moi, et je ne sais pourquoi vous voulez me tuer: je suis venu pour détruire la race des infidèles; je suis venu pour rendre un culte à l'Église et aux saints de Dieu; je suis venu pour venger le sang qui avait été répandu sur la terre. Le tentateur a osé mettre sur sa tête la couronne de l'Empire; il a dit au peuple: Nous sommes empereur, nous pouvons vous gouverner, et il s'est réjoui de son ouvrage; mais le démon le tourmente et l'a renversé par terre, et la foule est sortie pour être témoin du miracle. Le grand maître Jésus-Christ a prononcé son jugement: la foule des païens a envahi la Calabre; elle est parvenue à Salerne pour posséder cette cité: mais nous jurons sur les saintes reliques de Dieu de défendre ce royaume et d'en conquérir un autre.»