44—page [67]—Tous quittèrent Richard, même son chien...
«Le roi Richard avoit un lévrier lequel on nommait Math, très beau outre mesure; et ne vouloit ce chien connoître nul homme fors le roi; et quand le roi devoit chevaucher, cil qui l'avoit en garde le laissoit aller; et ce lévrier venoit tantôt devers le roi festoyer et lui mettoit ses deux pieds sur les épaules. Et or donc advint que le roi et le comte Derby parlant ensemble en mi la place de la cour du dit châtel et leur chevaux tous sellés, car tantôt ils devoient monter, ce lévrier nommé Math qui coutumier étoit de faire au roi ce que dit est, laissa le roi et s'en vint au duc de Lancastre et lui fit toutes les contenances telles que endevant il faisoit au roi, et lui assist les deux pieds sur le col, et le commença grandement à conjouir. Le duc de Lancastre, qui point ne connoissoit le lévrier, demanda au roi: «Et que veut ce lévrier faire?»—«Cousin, ce dit le roi, ce vous est une grand'signifiance et à moi petite.»—«Comment, dit le duc, l'entendez-vous?»—«Je l'entends, dit le roi, le lévrier vous festoie et recueille aujourd'hui comme roi d'Angleterre que vous serez, et j'en serai déposé; et le lévrier en a connoissance naturelle; si le tenez de lez (près) vous, car il vous suivra et il m'éloignera.» Le duc de Lancastre entendit bien cette parole et conjouit le lévrier, lequel oncques depuis ne voulut suivre Richard de Bordeaux, mais le duc de Lancastre; et ce virent et sçurent plus de trente mille.» (Froissart, t. XIV, c. LXXV, p. 205.)
45—page [67]—Abdication de Richard II...
Voy. au t. XIV du Froissart édité par M. Buchon, le poème français sur la déposition de Richard II (p. 322-466), écrit par un gentilhomme français qui était attaché à sa personne.—Voir aussi la publication de M. Thomas Wright: Alliterative Poem on the deposition of king Richard II.—Richardi Maydiston de Concordia inter Ricardum II et civitatem London, 1838.—La lamentation de Richard est très touchante dans Jean de Vaurin: «Ha, Monseigneur Jean-Baptiste mon parrain, je l'ai tiré du gibet,» etc. (Bibl. royale, mss., 6756, t. IV, partie 2, folio 246.)
46—page [67]—Lancastre fut obligé par les siens de leur laisser tuer Richard...
«Si fut dit au roi: «Sire, tant que Richard de Bordeaux vive, vous ni le pays ne serez à sûr état.» Répondit le roi: «Je crois que vous dites vérité, mais tant que à moi je ne le ferai jà mourir, car je l'ai pris sus. Si lui tiendrai son convenant (promesse) tant que apparent me sera que fait ne aura trahison.» Si répondirent ses chevaliers: «Il vous vaudroit mieux mort que vif; car tant que les Français le sauront en vie, ils s'efforceront toujours de vous guerroyer, et auront espoir de le retourner encore en son État, pour la cause de ce que il a la fille du roi de France.» Le roi d'Angleterre ne répondit point à ce propos et se départit de là, et les laissa en la chambre parler ensemble, et il entendit à ses fauconniers, et mit un faucon sur son poing, et s'oublia à le paître.» (Froissart, t. XIV, c. LXXXI, p. 258.)