[125]: Guillelm. Pictav., ap. Ser. Fr. XI, 88: «La confiance de Conan II était entretenue par le nombre incroyable de gens de guerre que son pays lui fournissait; car il faut savoir que dans ce pays, d'ailleurs fort étendu, un seul guerrier en engendre cinquante; parce que, affranchis des lois de l'honnêteté et de la religion, ils ont chacun dix femmes et même davantage.»—Le comte de Nantes dit à Louis le Débonnaire: «Cœunt frater et ipsa soror, etc.» Ermold. Nigellus, l. III, ap. Ser. Fr. VI, 52.—Hist. Brit. Armoricæ, ibid., VII, 52: «Sorores suas, neptes, consanguineas, atque alienas mulieres adulterantes, necnon et hominum, quod pejus est, interfectores... diabolici viri.»—César disait des Bretons de la Grande-Bretagne: «Uxores habent deni duodenique inter se communes, et maxime fratres cum fratribus et parentes cum liberis. Sed si qui sunt ex his nati, eorum habentur liberi, à quibus primum virgines quæque ductæ sunt.» Bell. Gall., l. V, c. XIV.—V. aussi la lettre du synode de Paris à Nomenoé (849), ap. Scr. Fr. VII, 504, et celle du concile de Savonnières aux Bretons (859), ibid., 584.
[126]: Ducange, Glossarium: On disait: un Breton pour un soldat, un routier, un brigand. Guilbert, de Laude B. Mariæ, c. X.—Charta ann. 1395: «Per illas partes transierunt gentes armorum Britones et pillardi, et amoverunt quatuor jumenta.»—On disait aussi Breton, pour: conseiller de celui qui se bat en duel. Édit de Philippe le Bel: «... et doit aler cius ki a apelet devant, et ses Bretons porte son escu devant lui.» Carpentier, Supplément au Glossaire de Ducange.—(Breton, bretteur? bretailleur?)—Willelm. Malmsbur., ap. Scr. Fr. XIII, 13: «Est illud genus hominum egens in patria, aliasque externo ære laboriosæ vitæ mercatur stipendia; si dederis, nec vilia, sine respectu juris et cognationis, detractans prælia; sed pro quanti tate nummorum ad quascumque voles partes obnoxium.»
[127]: Strabon, Dion, Solin, saint Jérôme, s'accordent sur la licence des mœurs celtiques.—O'Connor dit que la polygamie était permise chez eux; Derrich, qu'ils changeaient de femme une fois ou deux par an; Campion, qu'ils se mariaient pour un an et un jour.—Les Pictes d'Écosse prenaient leurs rois de préférence dans la ligne féminine (Fordun, apud Low, Hist. of Scotland): de même chez les Naïrs du Malabar, dans le pays le plus corrompu de l'Inde, la ligne féminine est préférée, la descendance maternelle semblant seule certaine.—C'est peut-être comme mère des rois que Boadicea et Cartismandua sont reines des Bretons, dans Tacite.—Les lois galloises limitent à trois cas le droit qu'a le mari de battre sa femme (lui avoir souhaité malheur à sa barbe, avoir tenté de le tuer, ou commis adultère). Cette limitation même indique la brutalité des maris.—Cependant l'idée de l'égalité apparaît de bonne heure dans le mariage celtique. Les Gaulois, dit César (B. Gall., lib. VI, 17), apportaient une portion égale à celle de la femme, et le produit du tout était pour le survivant. Dans les lois de Galles, l'homme et la femme pouvaient également demander le divorce. En cas de séparation, la propriété était divisée par moitié. Enfin, dans les poésies ossianiques, bien modifiées, il est vrai, par l'esprit moderne, les femmes partagent l'existence nuageuse des héros. Au contraire, elles sont exclues du Walhalla scandinave.
[128]: Dans l'Italie antique, Deivei parentes. V. la lettre de Cornélie à Caïus Gracchus.
[129]: Le partage égal tombe de bonne heure en désuétude dans l'Allemagne; le Nord y reste plus longtemps fidèle. V. Grimm, Alterthümer, p. 475, et Mittermaier, Grundsætze des deutschen Privatrechts, 3e ausg., 1827, p. 730.—J'ai lu dans un voyage (de M. de Staël, si je ne me trompe), une anecdote fort caractéristique. Le voyageur français, causant avec des ouvriers mineurs, les étonna fort en leur apprenant que beaucoup d'ouvriers français avaient un peu de terre qu'ils cultivaient dans les intervalles de leurs travaux. «Mais quand ils meurent, à qui passe cette terre?—Elle est partagée également entre leurs enfants.» Nouvel étonnement des Anglais. Le dimanche suivant, ils mettent aux voix entre eux les questions suivantes: «Est-il bon que les ouvriers aient des terres?» Réponse unanime: «Oui.» Est-il bon que ces terres soient partagées et ne passent pas exclusivement à l'aîné?» Réponse unanime: «Non.»
[130]: Ou bien ils émigrent. De là le wargus germanique, le ver sacrum des nations italiques. Le droit d'aînesse, qui équivaut souvent à la proscription, au bannissement des cadets, devient ainsi un principe fécond des colonies.
[131]: V. mon troisième volume et les ouvrages de Sommer, Robinson, Palgrave, Dalrymple, Sullivan, Hasted, Low, Price, Logan, les Collectanea de Rebus Hibernicis, et les Usances de Rohan, Brouerec, etc. Blackstone n'y a rien compris.
[132]: Suivant Turner (Hist. of the Anglo-Saxons, I, 233), ce qui livra la Bretagne aux Saxons, ce fut la coutume du gavelkind, qui subdivisait incessamment les héritages des chefs en plus petites tyrannies. Il en cite deux exemples remarquables.
[133]: On sait qu'en Bretagne on donne le titre d'oncle au cousin qui est supérieur d'un degré. Cette coutume tendait évidemment à resserrer les liens de parenté.—En général, l'esprit de clan a été plus fort en Bretagne qu'on ne l'imagine, bien qu'il domine moins chez les Kymrys que chez les Gaëls.
[134]: Aussi l'obéissance de ces cousins n'est-elle pas sans indépendance et sans fierté. Un proverbe celtique dit: «Plus forts que le laird sont ses vassaux.» (Logan.)—Ibid.: I, 192. Le jeune chef de clan, Rannald, venant prendre possession et voyant la quantité de bêtes qu'on avait tuées pour célébrer son arrivée, remarqua que quelques poules auraient suffi. Tout le clan s'insurgea, et déclara qu'il ne voulait rien avoir à faire avec un chef de poules. Les Frasers, qui avaient élevé le jeune chef, livrèrent un combat sanglant où ils furent défaits et le chef tué.