Il y dit un mot de génie: «Il ne s'agit pas de guérir, mais de refaire et créer.»
Il se propose un miracle, mais un miracle possible: faire des chairs, créer des tissus. C'est dire assez qu'il travaille sur l'enfant de préférence, qui, quoique compromis de race, peut encore être refait.
C'était l'époque où Bakewell venait d'inventer la viande. Les bestiaux dont jusque-là on ne tirait guère que du lait, allaient donner désormais une nourriture plus généreuse. Le fade régime lacté devait être délaissé par ceux qui de plus en plus se lançaient dans l'action.
Russell, de son côté, à point, dans ce petit livre, inventa la mer, je veux dire, la mit à la mode.
Le tout se résume en un mot, mais ce mot est à la fois une médecine et une éducation: 1º il faut boire l'eau de mer, s'y baigner et manger toute chose marine où sa vertu est concentrée; 2º il faut vêtir très-peu l'enfant, le tenir toujours en rapport avec l'air.—De l'air, de l'eau, rien de plus.
Le dernier conseil était bien hardi. Tenir l'enfant presque nu, sous un climat humide et variable, c'était se résigner d'avance à sacrifier les faibles. Les forts survécurent, et la race, perpétuée par eux seuls, en fut d'autant plus relevée. Ajoutez que les affaires, le mouvement, la navigation, enlevant l'enfant aux écoles et l'émancipant de bonne heure, il fut quitte de l'éducation assise et de la vie de cul-de-jatte, que l'Angleterre réserva aux seuls enfants de ses lords, aux nobles élèves d'Oxford et de Cambridge.
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Dans son livre ingénieux, éclairé du seul instinct populaire, Russell était loin de deviner qu'en un siècle toutes les sciences viendraient lui donner raison, et que chacune révélant quelque aspect nouveau du sujet, en la mer on découvrirait toute une thérapeutique.
Les plus précieux éléments de l'animalité terrestre sont richement dans la mer, entiers et invariables, salubres, vivants, en dépôt pour refaire la vie.
Donc, la science a pu dire à tous: «Venez ici, nations, venez, travailleurs fatigués, venez, jeunes femmes épuisées, enfants punis des vices de vos pères;—approchez, pâle humanité,—et dites-moi tout franchement, en présence de la mer, ce qu'il vous faudrait pour vous relever. Ce principe réparateur, quel qu'il soit, il se trouve en elle.»