Maury appelle les deux fleuves d'eau chaude, l'Indien, l'Américain, les deux voies lactées de la mer.

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Semblables de chaleur, de couleur, de direction, décrivant précisément la même courbe, ils n'ont pas même destinée. L'Américain tout d'abord entre dans une rude mer, ouverte au nord, l'Atlantique, qui lâche et envoie contre lui l'armée flottante des glaces du pôle. Il y dépense sa chaleur. Au contraire, le courant indien, circulant d'abord par les îles, arrive dans une mer fermée et mieux gardée du Nord. Il se maintient longtemps le même, chaud, électrique et créateur, et trace sur le globe une énorme traînée de vie.

Son centre est l'apogée de l'énergie terrestre en trésors végétaux, en monstres, en épices, en poisons. Des courants secondaires qui s'en échappent et vont au sud, résulte encore un autre monde, celui de la mer de Corail. Là, sur un espace, dit Maury, grand comme les quatre continents, les polypes consciencieusement bâtissent les milliers d'îles, les bancs et les récifs qui coupent peu à peu cette mer; écueils aujourd'hui dangereux et maudits du navigateur, mais qui montent, se lient à la longue, feront un continent, et qui sait? dans un cataclysme, le refuge de l'espèce humaine.

V

LE POULS DE LA MER

Notre terre n'est point solitaire, comme l'observe Jean Reynaud, dans le bel article de l'Encyclopédie. La courbe infiniment compliquée qu'elle décrit exprime les forces, les influences diverses qui agissent sur elle, témoigne de ses rapports et de ses communications avec le grand peuple des cieux.

Ses relations hiérarchiques sont particulièrement visibles avec son chef le soleil, et la lune, qui, pour être sa servante, n'en a que plus de puissance sur elle. De même que les fleurs de la terre se tournent vers le soleil, la terre elle-même qui les porte le regarde, aspire vers lui. En ce qu'elle a de plus mobile, sa masse fluide, elle se soulève et fait signe qu'elle ressent son attraction. Elle déborde d'elle-même, elle monte (selon qu'elle peut), et, vers les astres amis, deux fois par jour gonfle son sein, leur adresse au moins un soupir.

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Ne sent-elle pas l'attraction d'autres globes encore? ses marées ne sont-elles gouvernées que par la lune et le soleil? Tout le monde savant le disait, tout le monde marin le croyait. On s'en tenait aux résultats très-incomplets de la Place. De là des erreurs terribles qui se résolvaient en naufrages. Aux dangereux bas-fonds de Saint-Malo, on se trompait de dix-huit pieds. C'est en 1839 que Chazallon, qui avait failli périr par suite de ces erreurs, commença à découvrir et calculer les ondulations secondaires, mais très-considérables, qui modifient la marée générale sous des influences diverses. Des astres moins dominants que le soleil et la lune ont sans doute aussi leur part d'action sur ce balancement des eaux de la terre.