«Mais, madame, ces pierres brillantes ont un poli incomparable.—Oui, mais celui-ci est doux. Il a la douceur de la peau, et il en garde la tiédeur. Dès que je l'ai deux minutes, c'est ma chair et c'est moi-même. Et je ne m'en distingue plus.

«—Madame, il est de plus beaux rouges.—Docteur, laissez-moi celui-ci. Je l'aime. Pourquoi? Je n'en sais rien... Ou, s'il y a une raison, celle qui en vaut bien une autre, c'est que son nom oriental et le vrai, c'est: «Fleur de sang.»

V

LES FAISEURS DE MONDES

Notre Muséum d'histoire naturelle, dans sa trop étroite enceinte, est un palais de féerie. Le génie des métamorphoses, de Lamarck et de Geoffroy, semble y résider partout. Dans la sombre salle d'en bas les madrépores, en silence, fondent le monde de plus en plus vivant, qui s'élève au-dessus d'eux. Plus haut le peuple des mers, ayant atteint sa complète énergie d'organisation dans ses animaux supérieurs, prépare les vies de la terre. Au sommet, les mammifères.—Sur lesquels la tribu divine des oiseaux déploie ses ailes et semble chanter encore.

La foule ne regarde guère les premiers. Elle passe vite devant ces aînés du globe. Il fait froid, humide chez eux. Elle monte vers la lumière, vers tant de choses brillantes. Nacre, ailes de papillons, plumes d'oiseaux, c'est ce qui la charme. Moi qui m'arrête plus en bas, je me suis souvent vu seul dans l'obscure petite galerie.

J'aime cette crypte de la grande église. J'y sens mieux l'âme sacrée, l'esprit présent de nos maîtres, leur grand, leur sublime effort, et aussi l'audace immortelle des voyageurs partis de là. Quelque part que soient leurs os, eux-mêmes restent au Muséum par les trésors qu'ils lui donnèrent et qu'ils ont payés de leur vie.

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L'autre jour, 1er octobre, m'y étant un peu attardé, j'y lisais non sans peine l'étiquette de quelques madrépores. L'une, placée tout près de la porte, me montra ce nom: «Lamarck.»

Une chaleur me passa au cœur, un mouvement religieux.