L'équipage parfois en garde longtemps les ongles noirs et la vue affaiblie (Seymour). On se souvient alors avec horreur qu'au moment du passage la trombe, aspirant l'eau, aspirait aussi le navire, voulait le boire, le tenait suspendu dans l'air et hors de l'eau, puis elle le lâchait, le faisait plonger dans l'abîme.

En la voyant ainsi se gorger et s'enfler, absorber et vagues et vaisseaux, les Chinois l'ont conçue comme une horrible femme, la mère Typhon, qui, en planant au ciel, choisissant ses victimes, conçoit, s'emplit et se fait grosse, pleine d'enfants de mort, les tourbillons de fer (Keu Woo).

On lui a fait des temples et des autels. On la prie, on l'adore dans l'espoir de l'humaniser.

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Le brave Piddington ne l'adore pas. Tout au contraire. Il en parle sans ménagement. Il l'appelle un corsaire trop fort, un coquin de pirate qui abuse de ses forces, et qu'on ne doit pas se piquer de combattre. Il faut le fuir, sans point d'honneur.

Ce perfide ennemi vous tend parfois un piège. Par un bon vent, il vous invite. Il a hâte de vous embrasser. Laissez là ce bon vent, et tournez-lui le dos, s'il est possible. Naviguez au plus loin de ce dangereux compagnon. N'allez pas voguer de conserve. Il prendrait son moment pour vous engrener dans sa danse, vous maîtriser, vous avaler.

Je voudrais suivre cet excellent homme dans tous ses conseils paternels. Ils seraient inutiles si les deux adversaires, la trombe et le vaisseau, étaient dans un petit espace enfermés en champ clos. Mais rarement il en est ainsi. Le plus souvent, ce tournoiement d'air et d'eau est immense, dans un cercle de dix, vingt, trente lieues. Cela donne au vaisseau des chances pour observer et se tenir à une honnête distance. Le point est de savoir surtout où elle est centrale, cette trombe, où elle a son foyer d'attraction; puis de connaître son allure, sa vitesse à venir vous joindre.

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C'est une belle lumière pour le marin de marcher aujourd'hui entre ces deux flambeaux! D'un côté, son Maury lui enseigne les lois générales de l'air et de la mer, l'art de choisir et suivre les courants; il le dirige par des voies calculées, qui sont comme les rues de l'Océan. D'autre côté, son Piddington, dans un petit volume, lui résume et lui met en main l'expérience des tempêtes, ce qu'on fit pour les éviter, parfois pour en profiter même.

Cela explique et justifie les belles paroles d'un Hollandais, le capitaine Jansen: «Sur mer, la première impression est le sentiment de l'abîme, de l'infini, de notre néant. Sur le plus grand navire, on se sent toujours en péril. Mais, lorsque les yeux de l'esprit ont sondé l'espace et la profondeur, le danger disparaît pour l'homme. Il s'élève et comprend. Guidé par l'astronomie, instruit des routes liquides, dirigé par les cartes de Maury, il trace sa route sur la mer en sécurité