A en croire Lancre et autres, Satan faisait au fils un grand mérite de rester fidèle à la mère, tenait ce crime pour vertu. Si cela est vrai, on peut supposer que la femme défendait la femme, que la sorcière était dans les intérêts de la mère pour la maintenir au foyer contre la belle-fille, qui l'eût envoyée mendier, le bâton à la main.
Lancre prétend encore «qu'il n'y avait bonne sorcière qui ne naquît de l'amour de la mère et du fils». Il en fut ainsi dans la Perse pour la naissance du mage, qui, disait-on, devait provenir de cet odieux mystère. Ainsi les secrets de magie restaient fort concentrés dans une famille qui se renouvelait elle-même.
Par une erreur impie, ils croyaient imiter l'innocent mystère agricole, l'éternel cercle végétal, où le grain, ressemé au sillon, fait le grain.
Les unions moins monstrueuses (du frère et de la sœur), communes chez les Orientaux et les Grecs, étaient froides et très peu fécondes. Elles furent très sagement abandonnées, et l'on n'y fût guère revenu sans l'esprit de révolte, qui, suscité par d'absurdes rigueurs, se jetait follement dans l'extrême opposé.
Des lois contre nature firent ainsi, par la haine, des mœurs contre nature.
O temps dur! temps maudit! et gros de désespoir!
Nous avons disserté. Mais voici presque l'aube. Dans un moment, l'heure sonne qui met en fuite les esprits. La sorcière, à son front, sent sécher les lugubres fleurs. Adieu sa royauté! sa vie peut-être!... Que serait-ce si le jour la trouvait encore? Que fera-t-elle de Satan? une flamme? une cendre? Il ne demande pas mieux. Il sait bien, le rusé, que, pour vivre, renaître, le seul moyen, c'est de mourir.
Mourra-t-il, le puissant évocateur des morts qui donna à celles qui pleurent la seule joie d'ici-bas, l'amour évanoui et le rêve adoré? Oh? non, il est bien sûr de vivre.
Mourra-t-il, le puissant Esprit qui, trouvant la Création maudite, la Nature gisante par terre, que l'Église avait jetée de sa robe, comme un nourrisson sale, ramassa la Nature et la mit dans son sein? Cela ne se peut pas.
Mourra-t-il, l'unique médecin du Moyen-âge, de l'âge malade, qui le sauva par les poisons, et lui dit: «Vis donc, imbécile!»