Mais n'est-ce donc que rire et risée? Point du tout, c'est l'avènement de la Raison. Par Keppler, Galilée, par Descartes et Newton, s'établit triomphalement le dogme raisonnable, la foi à l'immutabilité des lois de la Nature. Le miracle n'ose plus paraître, ou, quand il l'ose, il est sifflé.
Pour parler mieux encore, les fantasques miracles du caprice ayant disparu, apparaît le grand miracle universel et d'autant plus divin qu'il est plus régulier.
C'est la grande Révolte qui décidément a vaincu. Vous la reconnaissez dans les formes hardies de ces premières explosions, dans l'ironie de Galilée, dans le doute absolu dont part Descartes pour commencer sa construction. Le Moyen-âge eût dit: «C'est l'esprit du Malin.»
Victoire non négative pourtant, mais fort affirmative et de ferme fondation. L'esprit de la Nature et les sciences de la Nature, ces proscrits du vieux temps, rentrent irrésistibles. C'est la Réalité, la Substance elle-même qui vient chasser les vaines ombres.
On avait follement dit: «Le grand Pan est mort.» Puis, voyant qu'il vivait, on l'avait fait un Dieu du mal; à travers le chaos, on pouvait s'y tromper. Mais le voici qui vit, et qui vit harmonique dans la sublime fixité des lois qui dirigent l'étoile et qui non moins dirigent le mystère profond de la vie.
On peut dire de ce temps deux choses qui ne sont point contradictoires: l'esprit de Satan a vaincu, mais c'est fait de la sorcellerie.
Toute thaumaturgie, diabolique ou sacrée, est bien malade alors. Sorciers, théologiens, sont également impuissants. Ils sont à l'état d'empiriques, implorant en vain d'un hasard surnaturel et du caprice de la Grâce les merveilles que la science ne demande qu'à la Nature, à la Raison.
Les jansénistes, si zélés, n'obtiennent en tout ce siècle qu'un tout petit miracle ridicule. Moins heureux encore les jésuites, si puissants et si riches, ne peuvent à aucun prix s'en procurer, et se contentent des visions d'une fille hystérique, sœur Marie Alacoque, énormément sanguine, qui ne voyait que sang. Devant une telle impuissance, la magie, la sorcellerie pourront se consoler.
Notez qu'en cette décadence de la foi au surnaturel, l'un suit l'autre. Ils étaient liés dans l'imagination, dans la terreur du Moyen-âge. Ils sont liés encore dans le rire et dans le dédain. Quand Molière se moqua du Diable et «des chaudières bouillantes», le clergé s'émut fort; il sentit que la foi au Paradis baissait d'autant.
Un gouvernement tout laïque, celui du grand Colbert (qui fut longtemps le vrai roi), ne cache pas son mépris de ces vieilles questions. Il vide les prisons des sorciers qu'y entassait encore le Parlement de Rouen, défend aux tribunaux d'admettre l'accusation de sorcellerie (1672). Ce Parlement réclame et fait très bien entendre qu'en niant la sorcellerie, on compromet bien d'autres choses. En doutant des mystères d'en bas, on ébranle dans beaucoup d'âmes la croyance aux mystères d'en haut.