[51]: L'ancienne France eut trois classes. La nouvelle n'en a plus que deux, le peuple et la bourgeoisie.

[52]: Si vous observez avec attention comment le peuple emploie ce mot, vous trouverez que pour lui il désigne moins la richesse qu'une certaine mesure d'indépendance et de loisir, l'absence d'inquiétude pour la nourriture quotidienne. Tel ouvrier qui gagne cinq francs par jour appelle sans difficulté Mon bourgeois le rentier famélique de trois cents francs de rente, qui se promène en habit noir au plein cœur de janvier.—Si la sécurité est l'essence du bourgeois, faudra-t-il y comprendre ceux qui ne savent jamais s'ils sont riches ou pauvres, les commerçants, d'autres encore qui semblent mieux assis, mais qui, pour des achats de charge, ou autrement, sont les serfs du capitaliste? S'ils ne sont pas vraiment bourgeois, ils se rattachent néanmoins à la même classe par l'intérêt, la peur, l'idée fixe de la paix à tout prix.

[53]: La France n'a pas l'âme marchande, sauf ses moments anglais (comme celui de Law et celui-ci), qui sont des accès rares. Cela se voit surtout à la facilité avec laquelle les hommes qui d'abord semblent les plus âpres s'arrêtent généralement de bonne heure sur le chemin de la fortune. Le Français qui a gagné dans le commerce ou autrement quelques mille livres de rente se croit riche et ne fait plus rien. L'Anglais, tout au contraire, voit dans la richesse acquise un moyen de s'enrichir; il persévère jusqu'à la mort dans le travail. Il reste rivé à sa chaîne, définitivement spécialisé dans son affaire; seulement il poursuit cette spécialité sur une plus grande échelle. Il n'éprouve pas le besoin du loisir, qui lui permettrait d'arranger sa vie librement.

Aussi il y a fort peu de riches en France, si vous mettez à part nos capitalistes étrangers. Ce peu de riches seraient presque tous des pauvres en Angleterre. De nos riches, déduisez nombre de gens qui font bonne figure et dont la fortune est ou engagée ou incertaine encore, hypothétique.

[54]: Je connais, près de Paris, une ville assez considérable, où l'on compte quelques centaines de propriétaires ou rentiers de 4,000, 6,000 livres de rente ou un peu plus, qui ne songent nullement à aller au delà, qui ne font rien, ne lisent rien, ni livres, ni journaux (presque), ne s'intéressent à rien, ne se voient point, ne se réunissent jamais, se connaissent à peine. L'entraînement de la Bourse ne se fait sentir là aucunement, mais malheureusement plus bas, parmi les pauvres économes des villes, et jusque dans les campagnes, où le paysan n'a pas même un journal qui puisse l'éclairer sur le guet-apens.

[55]: Mais je dois l'aider d'avance et le préparer, ce jeune homme. Voilà pourquoi je continue mon Histoire. Un livre est un moyen de faire un meilleur livre.

[56]: Ces glaciers n'ont pas l'impartiale indifférence de ceux des Alpes, qui n'accumulent les eaux fécondes que pour les verser indistinctement aux nations. Les Juifs, quoi qu'on dise, ont une patrie, la Bourse de Londres; ils agissent partout, mais leur racine est au pays de l'or. Aujourd'hui que la paix armée, cette guerre immobile qui ronge l'Europe, leur a mis les fonds de tous les États entre les mains, que peuvent-ils aimer? le pays du statu quo, l'Angleterre. Que peuvent-ils haïr? le pays du mouvement, la France... Ils ont cru dernièrement l'amortir en achetant une vingtaine d'hommes que la France renie. Autre faute: par vanité, par un sentiment exagéré de sécurité, ils ont mis des rois dans leur bande, se sont mêlés à l'aristocratie, et par là, se sont associés aux hasards politiques. Voilà ce que leurs pères, les Juifs du Moyen-âge, n'auraient jamais fait. Quelle décadence dans la sagesse juive!

[57]: Je ne songe nullement à contester ces avantages (Voy. plus haut, p. [54]). Qui voudrait revenir aux temps d'impuissance, où l'homme n'avait point de machines?

[58]: Et sur ce sixième, l'ouvrier des manufactures fait une partie minime.

[59]: C'est une merveille du caractère national, que cet enfant abandonné, provoqué au mal et surexcité de toute façon, conserve quelques qualités, l'esprit, le courage.