Ce fut une chose bien terrible, lorsque la grande Assemblée qui, sous Robespierre, avait fait la Terreur par terreur même, releva la tête, et vit tout le sang qu'elle avait versé. La foi ne lui avait pas manqué contre le monde ligué, pas même contre la France, lorsqu'avec trente départements elle contint et sauva tout. La foi ne lui manqua pas même, dans son danger personnel, lorsque, n'ayant plus même Paris, elle fut réduite à armer ses propres membres, et se vit tout près de n'avoir plus de défenseur qu'elle-même. Mais, en présence du sang, devant tous ces morts qui sortaient de leurs sépulcres, devant tout ce peuple de prisonniers délivrés qui venaient juger leurs juges, elle défaillit, elle commença à s'abandonner.
Elle ne franchit point le pas qui lui eût livré l'avenir. Elle n'eut pas le courage de mettre la main sur le jeune monde qui venait. La Révolution, pour s'en emparer, devait enseigner une chose, une seule chose: la Révolution.
Pour cela, il lui eût fallu, non renier le passé, mais le revendiquer au contraire, le ressaisir et le faire sien, comme elle faisait du présent, montrer qu'elle avait, avec l'autorité de la raison, celle de l'histoire, de toute notre nationalité historique, que la Révolution était la tardive, mais juste et nécessaire manifestation du génie de ce peuple, qu'elle n'était que la France même ayant enfin trouvé son droit.
Elle ne fit rien de cela, et la raison abstraite, qu'elle invoquait seule, ne la soutint pas en présence des réalités terribles qui se soulevaient contre elle. Elle douta d'elle-même, s'abdiqua et s'effaça. Il fallait qu'elle périt, qu'elle entrât au sépulcre, pour que son vivant esprit se répandît dans le monde. Ruinée par son défenseur, il lui rend hommage aux Cent-Jours. Ruinée par la Sainte-Alliance, les rois fondent leur traité contre elle sur le dogme social qu'elle posa en 89. La foi qu'elle n'eut pas en elle-même, gagne ceux qui l'ont combattue. Le fer qu'ils lui ont mis au cœur fait des miracles et guérit. Elle convertit ses persécuteurs, elle enseigne ses ennemis... Que n'enseigna-t-elle ses enfants!
CHAPITRE VIII
Nulle éducation sans la foi.
La première question de l'éducation est celle-ci: «Avez-vous la foi? donnez-vous la foi?»
Il faut que l'enfant croie.
Qu'il croie, enfant, aux choses qu'il pourra, devenu homme, se prouver par la raison.
Faire un enfant raisonneur, disputeur, critique, c'est chose insensée. Remuer sans cesse à plaisir tous les germes qu'on dépose: quelle agriculture!
Faire un enfant érudit, c'est chose insensée. Lui charger la mémoire d'un chaos de connaissances utiles, inutiles, entasser en lui l'indigeste magasin de mille choses toutes faites, de choses non vivantes, mais mortes et par fragments morts, sans qu'il en ait jamais l'ensemble... c'est assassiner son esprit...