Une Église, c’est une civilisation qui rayonne de cette intelligence et de cet amour.

Pas un seul de ces trois traits d’une véritable Église ne peut s’appliquer à vous. Où est l’esprit? Vide et nul. Et la communion d’esprit? Fausse; vous défendez d’instruire le peuple. Et la civilisation?... On ne peut trouver sur le globe aucune stérilité pareille à celle de l’Église grecque, dans cette période de mille ans.

Mais ce qui vous interdit plus fortement ce nom d’Église, c’est l’effusion du sang, la dépense terrible, insensée, que vous faites de la vie humaine. Le fer, le feu, le bâton n’y ont pas suffi; vous y employez les climats, les éléments, les puissances meurtrières de la nature.

Comment toucher à l’autel avec des mains pleines de sang!

L’empereur a été à Rome en 1846; il a été bien reçu du pape; il a été à Saint-Pierre, il a fait sa prière au tombeau des saints.

Qu’eût fait saint Ambroise? n’eût-il pas été debout, à la porte, pour arrêter l’empereur? N’aurait-il pas dit: «Avant d’entrer dans le temple, daigne Votre Majesté nous montrer ses mains.»

«On se souvient dit l’auteur russe que je citais tout à l’heure, on se souvient de l’émotion qui accueillit à Saint-Pierre l’apparition de l’empereur orthodoxe revenu à Rome après plusieurs siècles d’absence. Émotion légitime! L’empereur prosterné n’était pas seul», etc.

Non, certes, il n’était pas seul. Et il y avait autour de lui une bien grande compagnie. Il y avait les martyrs de Russie à droite, et ceux de Pologne à gauche. Les âmes de quelques cent mille hommes, ce jour-là, remplissaient l’église; tant de milliers qui moururent de misère en Sibérie, tant de milliers battus à mort, un peuple d’ombres infortunées, d’enfants surtout, polonais, juifs, si cruellement enlevés à leurs mères, qui ont eu la Mort pour mère et nourrice, et dont on trouve les jeunes os sur toutes les routes... Ah! ceux-là étaient tous aussi, ce jour, à Saint-Pierre, et leurs voix montaient jusqu’à Dieu!

Le pape n’a pas vu, n’a pas entendu ces âmes. Et dès lors il est jugé.

Il s’est tu. La France ne se taira pas. Elle parlera à sa place. Gardienne de la Nouvelle Église, elle arrêtera à l’entrée cet infernal Messie, qui arrive au nom de Dieu.