NÉE LE 18 JUIN 1848, LE JOUR OÙ ÉCLATA
LA RÉVOLUTION VALAQUE
Ton innocence, chère enfant, garda ta mère dans les plus grands dangers, quand elle-même sauva les forts et les vaillants, les sauveurs de ton peuple. Ta vue désarma les barbares. Sans toi, les libérateurs de la Roumanie étaient perdus, ensevelis aux déserts de la mort, aux glaces russes, d’où l’on ne revient pas.
Puisse ta jeune patrie, née d’hier comme toi, innocente comme toi, la dernière née des nations et l’orpheline, l’enfant trouvée (ainsi l’appelle un de ses fils); puisse la Roumanie, à travers tant d’orages, aborder avec toi au bon port de la Providence!
I
LE DANUBE
Il y a déjà longtemps que ce vieux roi des fleuves de l’Europe, roi captif, roi barbare, aux tragiques aventures, s’est posé devant moi comme un sombre problème, qui peut-être est celui du monde.
La première fois que nous nous rencontrâmes, j’eus une triste intuition de lui et de sa destinée.
Je descendais les hauteurs de la forêt Noire et j’entrais dans la Souabe. «Voulez-vous voir, me dit-on, la source du Danube?» On me mène au petit jardin d’un ex-prince allemand. On me montre un petit bassin, misérable baquet de pierre. «Regardez au fond... le voilà.»
J’avais beau regarder. A peine un faible mouvement indiquait le point d’où commence à sourdre cette grande puissance, ce géant des fleuves qui, par sept cents lieues de cours, va porter une mer d’eau douce au sein de la mer Noire.