La savante ignorance, le clairvoyant instinct de nos anciens, avait dit cet oracle: «Tout vient de l'œuf; c'est le berceau du monde.»
Même origine, mais la diversité de destinée tient surtout à la mère. Elle agit et prévoit, elle aime plus ou moins; elle est plus ou moins mère. Plus elle l'est, plus l'être monte; chaque degré dans l'existence dépend du degré de l'amour.
Que peut la mère dans l'existence mobile du poisson? Rien que confier son œuf à l'océan. Que peut-elle dans le monde des insectes, où généralement elle meurt quand elle a donné l'œuf? Lui trouver, avant de mourir, un lieu sûr pour éclore et vivre.
(Page )Même chez l'animal supérieur, le quadrupède, où la chaleur du sang semble devoir doubler l'amour, où la mère elle-même est si longtemps pour le petit son nid et sa douce maison, les soins de la maternité sont d'autant moindres. Il naît formé, vêtu, tout semblable à sa mère; un lait tout prêt l'attend. Et dans beaucoup d'espèces, l'éducation se fait sans que la mère s'en donne plus de soucis qu'elle n'en eut alors qu'il croissait dans son sein.
Autre est le destin de l'oiseau. Il mourrait, s'il n'était aimé.
Aimé? Toute mère aime, de l'Océan jusqu'aux étoiles. Mais je veux dire soigné, entouré d'amour infini, enveloppé de la chaleur, du magnétisme maternel.
Même dans l'œuf où vous le voyez garanti par cette coquille calcaire, il sent si vivement les atteintes de l'air, que tout point refroidi dans l'œuf coûte un membre au futur oiseau. De là, le long travail, si inquiet, de l'incubation, la captivité volontaire, l'immobilisation du plus mobile des êtres. Et tout cela très-douloureux! une pierre pressée si longtemps sur le cœur, sur la chair, souvent la chair vive!
Il naît, mais il est nu. Tandis que le petit quadrupède, habillé dès son premier jour, rampe, (Page )marche déjà, le jeune oiseau (surtout dans les espèces supérieures) gît sans duvet, immobile sur le dos. C'est non-seulement en le couvant, mais en le frottant soigneusement, que la mère entretient, suscite sa chaleur. Le poulain sait teter et se nourrit très-bien lui-même; le petit oiseau doit attendre que la mère cherche, choisisse, prépare la nourriture. Elle ne peut quitter. Le père y suppléera. Voilà la vraie famille, la fidélité dans l'amour, et la première lueur morale.
Je ne dirai rien ici d'une éducation prolongée, très-spéciale et très-hasardeuse, celle du vol. Encore moins de celle du chant, si délicate chez les oiseaux artistes. Le quadrupède sait bientôt ce qu'il saura; tel galope en naissant; et, s'il fait quelque chute, est-ce même chose, dites-moi, de tomber sans danger dans l'herbe, ou de se lancer dans les cieux?