(Page ) Le peuple n'y a vu que l'horloge naturelle, la division des saisons, des deux grandes heures de l'année. À Pâques et à la Saint-Michel, aux époques des réunions, des foires et marchés, des baux et fermages, l'hirondelle apparaît, blanche et noire, et nous dit le temps. Elle vient couper et marquer la saison passée, la nouvelle. On se réunit ces jours-là, mais on ne se retrouve pas toujours; les six mois ont fait disparaître celui-ci, celui-là. L'hirondelle revient, mais pas pour tous; car plusieurs sont partis pour un très-long voyage, plus que le tour de France. Et d'Allemagne? Non, plus loin encore.

Nos compagnons, ouvriers voyageurs, suivaient la vie de l'hirondelle, sauf qu'au retour souvent ils ne retrouvaient plus le nid. L'oiseau prudent les en avise dans un vieux dicton allemand, où la petite sagesse populaire veut les retenir au foyer. Sur ce dicton, le grand poëte Rückert, se faisant lui-même hirondelle, reproduisant son vol rhythmique, circulaire, son constant retour, en a tiré ce chant, dont tel peut rire; mais plus d'un en pleurera:

De la jeunesse, de la jeunesse,
Un chant me revient toujours...
Oh! que c'est loin! Oh! que c'est loin
Tout ce qui fut autrefois!

Ce que chantait, ce que chantait
Celle qui ramène le printemps,
Rasant le village de l'aile, rasant le village de l'aile,
Est-ce bien ce qu'elle chante encore?

«Quand je partis, quand je partis,
Étaient pleins l'armoire et le coffre.
Quand je revins, quand je revins,
Je ne trouvai plus que le vide.»

Ô mon foyer de famille,
Laisse-moi seulement une fois
M'asseoir à la place sacrée
Et m'envoler dans les songes!

Elle revient bien l'hirondelle,
Et l'armoire vidée se remplit.
Mais le vide du cœur reste, mais reste le vide du cœur.
Et rien ne le remplira.

Elle rase pourtant le village,
Elle chante comme autrefois...
«Quand je partis, quand je partis,
Coffre, armoire, tout était plein.
Quand je revins, quand je revins,
Je ne trouvai plus que le vide.»


L'hirondelle, prise dans la main et envisagée de près, est un oiseau laid et étrange, avouons-le; (Page ) mais cela tient précisément à ce qu'elle est l'oiseau par excellence, l'être entre tous né pour le vol. La nature a tout sacrifié à cette destination: elle s'est moquée de la forme, ne songeant qu'au mouvement; et elle a si bien réussi, que cet oiseau, laid au repos, au vol est le plus beau de tous.