Et puis, tout en marchant, Bengali retombait dans ses incessantes rêveries.

—Oh! c'est elle! cria-t-il tout à coup; et, en s'élançant pour se mettre à la poursuite de celle qu'il venait d'envoyer au diable, il se heurta dans un passant qui le repoussa brusquement en accompagnant sa voie de fait d'un juron énergique. Bengali se prépara à bousculer le malencontreux personnage: c'était Marocain.

Notre jeune homme se rappela immédiatement que Georgette lui avait dit être la filleule de madame Marocain; peut-être venait-elle de quitter le mari de sa marraine, ce n'était pas le moment de la poursuivre; mais il pensa qu'en interrogeant adroitement l'homme que le hasard plaçait sous ses pas, il pourrait connaître le nouveau domicile de celle qu'il avait vainement cherchée.... Il ignorait que Marocain savait tout et que le changement de domicile, c'est lui qui l'avait exigé.

—Eh mais, dit notre amoureux, je ne me trompe pas, c'est M. Marocain, commanditaire....

—Moi-même, répondit celui-ci, d'un ton amer: monsieur Bengali, marchand de pièges à tortues?

—Ah! une plaisanterie, dit-il en riant. Puis lui tendant la main:—Enchanté de vous revoir.

Marocain répondit froidement à ce chaleureux accueil et Bengali se demanda comment amener la conversation sur un terrain propice au but qu'il se proposait. Il y en avait un excellent qui lui revint en mémoire:

—Le jour de cette fameuse averse, dit-il, vous alliez tenir, sur les fonts, un petit citoyen français.

—Oui, monsieur.

—Alors, vous êtes parrain?