Exceptionnellement Jujube se rangea à l'avis de son épouse; mais il fut décidé qu'Athalie se retirerait dans sa chambre à l'heure des poses et ne se montrerait pas pendant que Pistache attendrait la rentrée de son peintre, lequel, d'ailleurs, s'arrangerait de façon à être exact et à finir promptement le tableau.

—J'enverrai mon neveu, dès demain, vous faire sa première visite, avait dit mademoiselle Piédevache; bien entendu, il ne sera soufflé mot de nos projets; je vous l'ai dit: il veut, avant de s'engager, mieux connaître sa future, étudier ses goûts, son caractère....

—Oui, oui, c'est tout naturel, répondit Jujube.

—Athalie est très douce, très aimante, ajouta la mère, et à cet égard il n'y a rien à craindre.

—Quant au caractère de mon neveu, vous savez ce qu'il est; il faudra pardonner à ce cher enfant sa gaîté, ses excentricités!...

—Bons défauts, répliqua Jujube, il jettera la gaîté dans son ménage.

Et la promesse de la tante fut tenue. Bengali vint faire la visite annoncée, fut reçu avec empressement, comblé d'attentions; il fit beaucoup rire sa future famille en rappelant le vieil Anglais qui se démonte par morceaux, le perroquet qui imite le canon de Vincennes, le pugilat des chiens sous la table, etc., etc.

Et il se retira laissant monsieur, madame et mademoiselle Jujube enchantés de lui.

Et cherchant à s'illusionner, à se monter le coup, comme on dit, il pensait:—Ces braves gens-là gagnent à être connus; j'aurai un beau-père un peu vaniteux, mais instruit, artiste distingué, décoré de la Légion d'honneur; une belle-mère qui ne troublera pas mon ménage.... Enfin je serai heureux... très heureux.

Et, pour se le prouver à lui-même, il fut d'une gaîté si bruyante avec ses amis que ceux-ci ne purent s'empêcher de lui dire: