A la mine embarrassée du domestique, le docteur lui demanda:—Vous ne comprenez pas? c'est pourtant bien clair.
—Si, si, monsieur le docteur... je comprends bien, mais c'est que....
—C'est que quoi?
—Il y a... cette demoiselle.... qui était dans la voiture quand on a rapporté monsieur....
—Elle est venue demander de ses nouvelles? vous lui en avez donné? C'est bien, je n'interdis pas les demandes de nouvelles, ce ne sont pas des visites, cela; qu'on parle bas et qu'on n'entre pas dans la chambre du malade, voilà tout ce que j'exige.
—Bien, monsieur; mais cette demoiselle m'a tant prié, que je l'ai laissée regarder monsieur.... Ce qu'elle a pleuré en le voyant! ça me fendait le cœur... à ce moment-là... Monsieur, tout en dormant, demandait à boire; alors elle s'est assise au chevet du lit... j'ai soulevé monsieur et elle l'a fait boire... après, elle a tant pleuré pour que je la laisse soigner monsieur... que je n'ai pas eu le courage....
—Je ne m'étais-pas trompé, pensa le docteur, il y a de l'amour là-dessous.
—Vous avez bien fait, répondit-il au domestique; quand cette personne reviendra vous la laisserez entrer.
—Bien, monsieur.... Elle est revenue et elle revient tous les soirs... mais monsieur qui dort toujours en se remuant beaucoup, ne s'est même pas aperçu qu'elle était là, il boit en dormant.... Cette pauvre demoiselle passe la moitié des nuits... des fois plus... elle lui essuie la figure... qui est mouillée par la fièvre... elle ne le perd pas de vue.... Faudra-t-il que je la laisse revenir?
—Oui, répondit le médecin, certain que nulle autre garde ne soignerait son malade avec autant de sollicitude.