Un soir, dès en montant dans la voiture où son amant l'attendait, elle fut frappée de l'altération de ses traits et de sa voix.

—Qu'as-tu? lui demanda-t-elle, inquiète.

—Mon ami de Nice, lui dit-il, vient de m'envoyer une lettre de ma tante, m'annonçant son retour à Saint-Mandé pour demain.

—Eh bien! c'est cela qui te trouble à ce point?

—C'est qu'il me faut me réinstaller chez moi, me montrer comme nouvellement de retour de Nice, interrompre cette existence à deux à laquelle je m'étais habitué et que, comme un enfant oublieux du lendemain, au milieu des joies du jour, je croyais ne jamais finir.

—Oh! mon chéri, répondit Georgette avec transport, voilà donc ce qui causait tes soucis!

Bengali pouvait, d'un oui, rassurer complètement son amie; ce oui, il ne le prononça pas. C'est que la pensée de ces projets de mariage, auxquels il avait adhéré de bonne foi, après son renoncement à Georgette qu'il croyait mariée, cette pensée hantait plus que jamais son esprit; que faire? Signifier son refus d'une alliance qu'il avait sollicitée; accabler sous un pareil scandale, sans prétexte aucun, une famille, ridicule peut-être, mais parfaitement honorable; s'aliéner sa tante, sa bienfaitrice, celle à qui il devait tout: telles étaient les préoccupations auxquelles le malheureux jeune homme était en proie et qu'il ne pouvait faire connaître à Georgette.

Mais elle, heureuse des regrets de la cessation de l'existence à deux, par lui manifestés, n'attendit même pas la confirmation de ce qu'elle croyait avoir deviné et s'écria toute joyeuse: «Eh bien, tant mieux! tu ne pouvais pas demander ma main à ma marraine, puisque tu étais censé loin de Paris; maintenant, tu pourras faire la démarche et je prierai tant ma marraine qu'elle consentira à nous marier.»

Bengali ne répondit pas.

Georgette surprise, le regarda, puis lui dit: «Tu n'as donc pas entendu ce que je t'ai dit?»