Il prétexta le chagrin de quitter sa maîtresse en un pareil moment (car l'heure de la séparation était arrivée).
Elle le consola dans les baisers d'adieu et Bengali la quitta en lui disant:
—A demain, mon cher amour, à demain!
Leurs joies, leur installation à la maison de campagne, leurs occupations, leurs projets, tout cela avait absorbé les dames Jujube et elles avaient complètement oublié Pistache.
Elles restèrent sans mouvement et sans voix en le voyant entrer, tout guilleret:
—Bonjour, mesdames; je ne vous demande pas des nouvelles de votre santé, vous avez des mines superbes; figurez-vous que j'allais tous les jours vous demander et votre portier, cette vieille bête de père Galfâtre, me répondait toujours: «Il n'y a personne», quand il aurait pu me dire: «On est à la campagne....» et même, ça n'est pas gentil à vous, de ne pas m'avoir prévenu et envoyé votre adresse; finalement, que j'ai fini par dire à votre pipelet, quand il m'a répondu pour la dixième fois «Il n'y a personne»: «Ah ça! mais ils ne rentrent donc plus chez eux?» Il m'a alors répondu: «Ils n'y rentreront qu'à la fin de la saison, ils sont à la campagne.» «Vous ne pouviez pas me le dire plus tôt?» m'écriai-je avec une humeur bien légitime, n'est-ce pas? il me répond: «Vous ne l'avez pas demandé»; enfin, je lui ai demandé l'adresse de votre campagne et me voilà.
Les deux femmes avaient écouté ce monologue sans l'interrompre:
—Oh! mais c'est charmant ici... quel joli séjour! continua Pistache.
Et, tout décontenancé en voyant l'immobilité des deux dames:
—Je vous dérange peut-être? demanda-t-il.