—Il faut que je t'appelle pour te mettre au piano, dit à demi-voix Jujube à sa fille; c'était donc bien intéressant ce que te disait cette petite grue de Blanquette?
—Oui, très intéressant, elle m'a confié qu'elle se marie....
—Ah! fit Jujube avec dépit... une fille sans talent, sans fortune, pas jolie.... Qui diable peut s'allier à cette famille d'idiots.... Un cordonnier?
—Non, un employé qui a une bonne place. Elle veut m'avoir pour demoiselle d'honneur.
—Jamais... s'écria Jujube; nous nous excuserons pour refuser l'invitation si nous la recevons. Voyons, mets-toi au piano!
Athalie s'installa et Jujube tourna les pages du morceau de musique, suivant son habitude, afin de pouvoir adresser à sa fille des a parte qui, entendus de la société, eussent pu refroidir l'enthousiasme final attendu:
—La bémol, donc! fichue bête; plus de sentiment! ça n'exprime rien... pianissimo! Trop fort!... Tu ne sens donc rien, dinde, buse! Si je n'étais pas, probablement, ton père, je ne sais pas de qui tu tiendrais....
Tout à coup le morceau fut interrompu par des cris de douleur et Cadran, fou, éperdu, montra sa main à laquelle adhérait un verre à punch qu'il ne pouvait plus retirer. La main qu'il contenait s'était enflée démesurément; au fond du verre était un papier brûlé:
—Ah! mon Dieu! s'écria madame Blanquette, il s'est fait une ventouse.
—C'est les camarades qui m'ont appris ça! hurlait Cadran.... Oh! la, la! ma main.