—Adieu?... répondit-il, pas encore; votre éventail livré et votre compte réglé, il vous faudra retourner chez vous, et l'averse continue.
—On me prêtera un parapluie au magasin....
—Un parapluie!... mais si quelqu'un de la maison est sorti avec?... Y en eût-il plusieurs, qu'ils peuvent n'être pas disponibles; permettez-moi de vous attendre. Je tiens à vous accompagner jusqu'à votre porte.
Georgette refusa:—J'attendrai que la pluie ait cessé, dit-elle.
—Cessé! s'écria Bengali; mais voyez donc comme le ciel est gris; le temps est tout à fait gâté, regardez sur les toits; toutes les girouettes sont à l'eau; nous en avons peut-être pour plusieurs jours....
La jeune fille résista, renouvela ses remercîments et entra dans le magasin, en envoyant à Bengali un dernier adieu, exprimé par un gracieux mouvement de tête et un sourire.
Notre Don Juan de la pluie n'était pas homme à abandonner une idée fixe pour si peu; il entra dans une allée faisant face au magasin et attendit.
Il n'attendit pas longtemps; une éclaircie s'était subitement produite: Georgette en profita, reparut et hâta le pas sans avoir remarqué l'obligeant jeune homme, qu'elle croyait bien loin. Elle se retourna brusquement à sa voix:—Je savais bien, lui dit-il, qu'on n'aurait pas de parapluie à vous prêter et j'avais raison d'attendre votre sortie.—Mais, monsieur, répondit Georgette, la pluie a cessé.—Cessé, mademoiselle? Pour deux minutes... et encore! Vous ne voyez donc pas comme les nuages courent?... Tenez.... J'ai reçu des gouttes.... Ça va recommencer... ça recommence.
Et il ouvrit son parapluie:—Votre chapeau serait perdu, dit-il, si je ne m'étais pas trouvé là....
Une nouvelle averse, en effet, venait d'éclater; Bengali offrit son bras, la jeune fille l'accepta de nouveau, en riant de la persévérance obstinée de son compagnon de voyage et tous deux recommencèrent leur marche à travers les rues, égayée par les saillies du porteur de parapluie.