—Bon! bon! je veux bien, mais qu'il vienne nous adresser sa demande, nous l'attendons de pied ferme, et nous l'attendrons longtemps.
—Je ne crois pas, répliqua Georgette: ce jeune homme avait l'air sincère, il était très ému....
—Emu!... Parbleu! moi aussi, j'étais ému... dans le temps... et ce que je rigolais quand j'avais fait gober mon émotion à une petite dinde.... Tu as gobé son émotion, toi... tu es toquée de lui.
Georgette balbutia une protestation timide contre le mot toquée, suivie de quelques mots d'appréciation des sentiments de cœur du jeune homme, sous ses dehors d'insouciante gaieté, et ce, aux rires ironiques de l'incrédule Marocain, convaincu que le censé prétendant à la main de Georgette se bornerait à continuer ses obsessions.
—Alors, répondit madame Marocain, il se lassera des rigueurs de Georgette et ira chercher fortune ailleurs.
—S'il voulait réellement épouser Georgette, il serait déjà venu nous déclarer ses intentions.
—Mais, dit la jeune fille, il n'y a pas de temps de perdu; c'est hier au soir qu'il me les a fait connaître et il n'est pas deux heures.
Marocain exprimait sa volonté de faire changer de domicile à Georgette pour dérouter le séducteur, lorsqu'une lettre apportée par la bonne vint le mettre en belle humeur.
Cette lettre était du directeur du Théâtre Rigolo et lui annonçait que la répétition générale du Veuf à l'huile, devant plusieurs journalistes, avait eu lieu, que cette pièce avait provoqué un fou rire et que de l'aveu des critiques, le théâtre ouvrirait par un grand succès.
—Tu vois bien, mon ami, dit madame Marocain; je te le disais: tu as assisté à toutes les répétitions, tu es blasé sur la pièce, hors d'état de la juger.