Et voilà comment on domptait la bête féroce.

Tout marcha donc au gré des deux dompteuses; Marocain alla même au devant du désir de la marraine en l'engageant à offrir à sa filleule une jolie toilette blanche de circonstance; toutes deux sautèrent au cou de Marocain que la pensée d'un bon dîner et les flatteries à son adresse avaient rendu tout à fait charmant, et il déclara nettement que les Blanquette pouvaient en toute assurance lui faire leur invitation.


VI

OUVERTURE DU THÉATRE RIGOLO

L'annonce, sur les colonnes Morice et dans les journaux, de l'ouverture du théâtre au nom joyeux et de la pièce au titre alléchant qui devait l'inaugurer, ne pouvait laisser indifférents Bengali et ses compagnons de plaisirs; et, malgré une chaleur à vendre le beurre en bouteilles, ils s'étaient mis d'accord pour aller tous ensemble à la première représentation du Veuf à l'huile, et ils avaient loué six fauteuils de balcon, premier rang, se suivant sans interruption.

Le nouveau théâtre était un ancien café-concert transformé en salle de spectacle, par adjonction de deux galeries, d'un balcon et de quelques loges, théâtre de quartier vu sa situation excentrique; ce quartier, du reste, ne pouvait fournir un public de high life et on s'en apercevait, dès en entrant dans la salle, aux nombreuses casquettes et aux cravates rouges ou vert-pomme qui l'émaillaient, mêlées aux chapeaux du Temple des dames, même aux simples bonnets et, par-dessus tout, au bruit des conversations, des interpellations et des appels à longue distance, entre spectateurs reconnaissant des amis; tout cela dans une température d'Ethiopie et un grouillement de visages en sueur, continuellement essuyés par des mouchoirs de poche ou des manches de paletot.

Dans la confusion des voix, on distinguait les réflexions de circonstance, échangées du paradis au parterre et réciproquement:

—Très chic, ce théâtre-là!

—Y a du velours.