—Comment?... vous ne trouvez pas que c'est ressemblant?
—Frappant.... Mais vous êtes joli là-dessus; du reste, rien à cet égard ne m'étonne de la part d'un maître comme M. Jujubès. Tous les portraits qu'il fait de ma tante sont de plus en plus séduisants; ainsi son dernier, à l'âge de soixante-cinq ans, rendrait amoureux d'elle....
—Et c'est ressemblant, fit Jujube.
—Extraordinaire! répondit Bengali. Ah! monsieur Jujubès, j'ai vu les portraits de la Joconde, de la Fornarina....
—Ah! interrompit joyeusement l'artiste.
—Oui, maître, mais... c'est peut-être incompétence de ma part.... Et montrant le portrait du pharmacien:—J'aime mieux ça.... Pardonnez-moi, maître.... Je suis un ignorant....
—Oh! du tout, vous avez un goût très remarquable... mais, je vous assure que les portraits dont vous me parlez sont estimés des plus grands connaisseurs... quoique, personnellement, ils ne m'aient pas enchanté.
—Du reste, ajouta Bengali, le ruban qui brille à votre boutonnière est un peu mon excuse....
—Sans doute, sans doute, murmura Jujube qui avalait tout cela avec une facilité prodigieuse.
En ce moment, un bruit de voix et un froufrou d'étoffes annoncèrent madame et mademoiselle Jujube; elles entrèrent radieuses.