—Absolument. Embrasse-moi et tais-toi.

—Merci, je ne veux pas me teindre les lèvres!

Adéonne entrait en scène le cœur serré en murmurant: l'amour s'en va.

Eusèbe remontait furieux, en se disant qu'Adéonne lui refusait un sacrifice bien mince.

Lorsque les amoureux comptent les sacrifices refusés, lorsque les amis comptent l'argent prêté, l'amour et l'amitié s'envolent vers d'autres régions où les cœurs sont plus doux.

Eusèbe se serait peut-être habitué à ce maquillage,—ainsi disent les habitués des coulisses,—parce qu'il était purement physique, mais le maquillage moral le déconcerta.

Tant qu'il avait vu Adéonne de l'orchestre, il s'était figuré qu'il ne pouvait y avoir au monde une artiste plus merveilleusement douée comme chanteuse et comme comédienne. Les applaudissements du public avaient fortifié cette opinion toute naturelle; sa présence aux répétitions la changea complétement. Il avait entendu quelquefois sa maîtresse dire:—J'apprends mon rôle,—j'étudie mon grand air.—Dans sa simplicité, le naïf garçon croyait que cela suffisait. La première fois qu'il la vit répéter au théâtre, il fut profondément humilié dans la personne de son adorée.

L'accompagnateur suait à son piano en serinant à Adéonne les morceaux de la pièce nouvelle. De temps à autre le musicien s'emportait, et les expressions les plus bizarres sortaient de sa bouche.

—Mais vous n'avez donc pas d'oreilles! criait-il; mais c'est à se manger les foies! mais on n'a pas idée de ça! vous avez donc acheté le fond d'un jeton?

—Monsieur, dit Eusèbe, je ne saisis pas très-bien le sens de vos paroles, mais vous me semblez un peu dur pour madame.